Ressaut de hanche : pourquoi ta hanche claque ou craque, et que faire
Une hanche qui claque ou qui fait "cloc" en marchant, en montant un escalier ou en levant la jambe, c'est le plus souvent un ressaut de hanche : un tendon qui accroche un relief osseux puis passe brusquement par-dessus. Sans douleur, c'est fréquent et bénin : on l'estime à 5 à 10 % de la population (Sugrañes et al., 2023). Quand il fait mal, la rééducation est le traitement de première intention et la chirurgie reste rare.
Voici comment reconnaître ton type de ressaut, savoir quand t'inquiéter et quoi faire.
Ressaut de hanche, coxa saltans, snapping hip : de quoi parle-t-on ?
Ces trois noms désignent la même chose : coxa saltans en latin médical, snapping hip syndrome en anglais, ressaut de hanche en français.
Le principe est mécanique. Un tendon ou une bande fibreuse est tendu au-dessus d'une bosse osseuse. Pendant le mouvement, il bute, se tend, puis saute par-dessus. Ça donne un claquement que tu sens, que tu entends parfois, et que certaines personnes savent reproduire à volonté.
On distingue 3 types (Allen et Cope, 1995) :
- Le ressaut externe, sur le côté de la hanche.
- Le ressaut interne, à l'avant, dans le pli de l'aine. C'est le ressaut du psoas.
- Le ressaut intra-articulaire, qui vient de l'intérieur de l'articulation.
Hanche qui craque ou qui claque : est-ce grave ?
Dans la grande majorité des cas, non. La plupart des ressauts sont indolores et ne demandent aucun traitement (Allen et Cope, 1995 ; Lewis, 2010). Un claquement sans douleur n'use pas ta hanche.
Le ressaut est très fréquent chez les personnes qui travaillent dans de grandes amplitudes. Dans une étude sur 87 danseurs de ballet de haut niveau, 91 % rapportaient un ressaut de hanche, le plus souvent des deux côtés. Un peu plus de la moitié avaient une douleur associée, mais seulement 7 % avaient dû arrêter la danse à cause de ça (Winston et al., 2007).
On parle de syndrome du ressaut de hanche quand le claquement devient douloureux, gêne l'activité ou s'accompagne d'autres symptômes. C'est là qu'il faut agir.
Tous les bruits de hanche ne sont pas des ressauts. Un petit craquement isolé, sans accrochage ni douleur, en bougeant après être resté assis, est le plus souvent banal.
Ressaut externe : la bandelette sur le côté de la hanche
C'est le ressaut le plus facile à voir et à toucher. La bandelette ilio-tibiale, ou le bord du grand fessier, glisse sur le grand trochanter, la bosse osseuse que tu sens sur le côté de la hanche (Allen et Cope, 1995). Chez certaines personnes, ce trochanter est plus saillant, et la hanche paraît "sortir" au moment du claquement. Ce n'est pas une luxation.
Ce que tu ressens :
- Un claquement sur le côté de la hanche, parfois visible sous la peau.
- Il se produit en pliant et en tendant la hanche : marche, escaliers, course, vélo.
- Tu le sens nettement en posant la main sur le trochanter.
- Si ça fait mal, la douleur est sur le côté, parfois avec une gêne pour dormir sur ce côté.
Une douleur sur le côté de la hanche sans claquement fait plutôt penser à une autre cause : tendinopathie des fessiers ou syndrome douloureux du grand trochanter. Le diagnostic n'est pas le même et le traitement non plus (Sunil Kumar et al., 2021).
Ressaut du psoas : quand l'aine claque
Le tendon du psoas-iliaque, principal muscle qui fléchit la hanche, passe à l'avant de l'articulation. Il peut accrocher la tête du fémur ou un relief osseux du bassin, l'éminence ilio-pectinée, puis sauter brusquement (Allen et Cope, 1995 ; Piechota et al., 2016).
Ce que tu ressens :
- Un claquement profond, sourd, dans le pli de l'aine, souvent audible.
- Il se produit en ramenant la jambe d'une position genou vers la poitrine, écartée et tournée vers l'extérieur, vers la jambe tendue.
- On ne le voit pas sous la peau, contrairement au ressaut externe.
- Si ça fait mal, la douleur est dans l'aine ou à l'avant de la cuisse.
C'est le ressaut le plus fréquent chez les danseurs. À l'échographie, 59 % des hanches qui claquaient étaient dues au psoas, contre 4 % pour la bandelette (Winston et al., 2007). On le retrouve aussi chez les coureurs de haies et dans les activités qui demandent de grandes amplitudes de hanche (Potalivo et Bugiantella, 2017).
Une douleur d'aine chez un sportif a beaucoup d'autres causes possibles. Pour faire le tri, lis douleur inguinale du sportif : cartographier les causes.
Ressaut intra-articulaire : le claquement qui doit faire consulter
Ici, le claquement ne vient pas d'un tendon. Il vient de l'articulation elle-même : lésion du labrum (le bourrelet qui borde la cavité de la hanche), fragment de cartilage libre, ou autre lésion intra-articulaire (Allen et Cope, 1995).
Ce qui doit t'alerter :
- Un claquement profond, difficile à localiser, pas toujours reproductible.
- Une sensation de blocage, d'accrochage ou de hanche qui "lâche".
- Une douleur d'aine vive au moment du claquement.
Le ressaut du psoas et une cause intra-articulaire peuvent être difficiles à distinguer, et les deux peuvent coexister (Lewis, 2010). Une douleur d'aine avec blocage chez un sportif fait aussi penser au conflit fémoro-acétabulaire. Dans ce cas, un avis médical et souvent une imagerie sont nécessaires.
Symptômes : reconnaître ton type de ressaut
| Critère | Ressaut externe | Ressaut du psoas | Intra-articulaire |
|---|---|---|---|
| Où | Côté de la hanche | Pli de l'aine | Profond, aine |
| Visible ou palpable | Oui, sur le trochanter | Palpable, rarement visible | Non |
| Reproductible | Oui, souvent à volonté | Souvent | Pas toujours |
| Signes associés | Gêne couché sur le côté | Douleur d'aine à la flexion | Blocage, instabilité |
Comment se fait le diagnostic ?
Le diagnostic des ressauts externe et interne est d'abord clinique (Allen et Cope, 1995). Le kiné ou le médecin te demande de reproduire le claquement, le localise à la main et réalise des tests de mobilité, de force et de provocation de la douleur.
Quand il y a un doute, l'échographie dynamique est l'examen de référence pour les ressauts extra-articulaires : on regarde le tendon pendant le mouvement qui provoque le claquement (Piechota et al., 2016). Elle a ses limites : dans l'étude chez les danseurs, elle ne retrouvait pas la cause dans un tiers des cas (Winston et al., 2007).
La radiographie et l'IRM servent surtout à rechercher une cause intra-articulaire ou une autre pathologie de hanche (Sugrañes et al., 2023).
Dans ma pratique de kiné, la question clé du bilan n'est pas "est-ce que ça claque ?" mais "qu'est-ce qui fait mal, et dans quels mouvements ?". C'est la douleur et la gêne qui guident le traitement, pas le bruit.
Traitement du ressaut de hanche
Les revues sont unanimes : le traitement commence par une prise en charge non chirurgicale, et la majorité des ressauts douloureux s'améliorent ainsi (Lewis, 2010 ; Walker et al., 2021 ; Sugrañes et al., 2023). Il faut être honnête sur un point : il n'existe pas d'essai randomisé comparant des programmes d'exercices pour le ressaut de hanche. Les protocoles reposent sur la mécanique du problème et sur l'expérience clinique.
Le traitement se construit par étapes, avec des critères pour avancer.
Étape 1 : calmer l'irritation
- Réduire temporairement les mouvements qui déclenchent le claquement douloureux, sans arrêter de bouger.
- Arrêter de provoquer le claquement "pour voir s'il est toujours là".
- Garder une activité qui ne fait pas mal : marche, vélo à amplitude réduite, natation selon la tolérance.
Critère pour passer à l'étape 2 : douleur au repos absente ou faible, claquement moins douloureux dans la vie quotidienne.
Étape 2 : retrouver de la mobilité et du contrôle
- Assouplissements doux des structures en cause : avant de la hanche pour le psoas, côté de la cuisse et fessier pour le ressaut externe.
- Travail du mouvement qui déclenche le claquement, lentement, en amplitude contrôlée, en cherchant une trajectoire qui ne claque pas.
- Contrôle du bassin et du tronc en appui sur une jambe.
Critère pour passer à l'étape 3 : les mouvements de la vie courante se font sans douleur, même si un claquement indolore persiste.
Étape 3 : renforcer et reprendre l'activité
- Renforcement des fessiers et des muscles qui stabilisent le bassin.
- Renforcement du psoas lui-même, progressivement, pour qu'il tolère les amplitudes de ton sport.
- Reprise progressive de l'entraînement : volume puis intensité, en surveillant la douleur.
Critère de reprise complète : pas de douleur pendant ni le lendemain des séances, force comparable des deux côtés aux tests réalisés par ton kiné.
Les exercices pour le ressaut de hanche
Ce sont des exemples. Le choix dépend du type de ressaut et de ce que révèle ton bilan.
Pour le ressaut externe :
- Abduction de hanche couché sur le côté, jambe tendue, mouvement lent.
- Pont fessier, puis pont sur une jambe.
- Montée de marche latérale, genou aligné avec le pied.
- Marche latérale avec élastique autour des genoux.
- Assouplissement doux du fessier et du côté de la cuisse, sans douleur.
Pour le ressaut du psoas :
- Étirement du psoas en fente basse, bassin rentré, sans cambrer le dos.
- Montée de genou contrôlée debout ou assis, lente, dans une amplitude qui ne claque pas.
- Pont fessier et fentes arrière pour renforcer l'extension de hanche.
- Gainage et exercices d'anti-rotation du tronc.
Repère de dosage : l'exercice peut être un peu inconfortable, mais la douleur doit rester modérée et revenir à son niveau de départ dans l'heure. Pour le rôle et les limites des étirements et du rouleau de massage, lis étirements : quand, comment et pourquoi et foam rolling : ce que la science dit vraiment.
Dans ma pratique de kiné, chez le coureur ou le pratiquant de musculation, le ressaut douloureux apparaît souvent après une hausse rapide du volume ou l'ajout d'un nouvel exercice en grande amplitude. Ajuster la charge d'entraînement fait souvent partie du traitement, autant que les exercices. Si tu cours, voir aussi douleur à la hanche en courant.
Combien de temps dure le traitement ?
Il n'y a pas de délai garanti. Une revue indique que la plupart des cas se résolvent après 6 à 12 mois de traitement non chirurgical (Walker et al., 2021). En pratique, une amélioration de la douleur en quelques semaines est un bon signe. L'absence de progrès après plusieurs semaines d'un programme bien suivi doit faire revoir le diagnostic.
Le claquement lui-même peut persister alors que la douleur a disparu. C'est un résultat acceptable : l'objectif est une hanche qui ne fait plus mal et qui te laisse faire tes activités.
Quand la chirurgie est-elle envisagée ?
Uniquement après l'échec d'un traitement non chirurgical bien conduit, quand la douleur reste invalidante (Potalivo et Bugiantella, 2017).
- Ressaut externe : la chirurgie consiste à allonger ou libérer la bandelette, souvent sous arthroscopie, avec moins de complications qu'en chirurgie ouverte (Randelli et al., 2021).
- Ressaut du psoas : on allonge ou on libère le tendon, en général sous arthroscopie. Dans une revue de 11 études (248 personnes), le claquement disparaissait dans tous les cas opérés sous arthroscopie, avec 2,3 % de complications contre 21 % en chirurgie ouverte. Ce sont des études de faible niveau de preuve (Khan et al., 2013). Une perte de force de flexion de hanche est possible après l'opération (Giai Via et al., 2016).
- Ressaut intra-articulaire : le traitement dépend de la lésion trouvée.
Quand consulter rapidement ?
Consulte un médecin sans attendre si :
- La hanche s'est bloquée ou ne supporte plus le poids du corps.
- Le claquement est apparu après une chute ou un traumatisme, avec douleur.
- Tu as de la fièvre avec une hanche douloureuse ou gonflée.
- La douleur te réveille la nuit ou ne cède pas au repos.
- Un enfant ou un adolescent boite ou se plaint de la hanche ou du genou.
Pour les autres situations, voir quand consulter : les signes d'urgence.
FAQ
Pourquoi ma hanche craque quand je marche ?
Le plus souvent, c'est un ressaut : un tendon qui accroche un relief osseux puis passe par-dessus. Sur le côté, c'est en général la bandelette ilio-tibiale sur le trochanter. Dans l'aine, c'est le psoas. Sans douleur, c'est bénin et ne demande pas de traitement. Si le craquement fait mal, s'accompagne de blocage ou suit une chute, fais-toi examiner.
Le ressaut de hanche est-il dangereux ?
Non dans la grande majorité des cas. Le ressaut indolore est fréquent, on l'estime à 5 à 10 % de la population, et il n'abîme pas l'articulation. Il devient un problème quand il est douloureux ou gênant, ou quand il vient de l'intérieur de l'articulation, avec blocage ou instabilité. Dans ces situations, un examen permet de trouver la cause et d'adapter le traitement.
Comment soigner un ressaut du psoas ?
Le traitement commence par la rééducation : réduire temporairement les mouvements qui déclenchent le claquement douloureux, assouplir l'avant de la hanche, contrôler le mouvement en amplitude, puis renforcer les fessiers et le psoas lui-même. La reprise sportive est progressive. La chirurgie, une libération du tendon sous arthroscopie, est réservée aux échecs d'un traitement bien conduit.
Quels sont les symptômes d'un ressaut de hanche ?
Un claquement, souvent audible, pendant certains mouvements : marcher, monter un escalier, ramener la jambe tendue. Sur le côté de la hanche, on le sent et parfois on le voit sur le trochanter. Dans l'aine, il est plus profond. Quand il est douloureux, la douleur siège au même endroit. Un blocage ou une instabilité oriente vers une cause intra-articulaire.
Faut-il une IRM pour un ressaut de hanche ?
Pas systématiquement. Pour les ressauts externe et interne, l'examen clinique suffit souvent. L'échographie dynamique, qui observe le tendon pendant le claquement, est l'examen de référence en cas de doute. L'IRM ou l'arthro-IRM servent surtout à rechercher une lésion intra-articulaire, comme une lésion du labrum, quand il y a blocage ou douleur d'aine persistante.
Peut-on continuer le sport avec un ressaut de hanche ?
Si le claquement est indolore, oui. S'il fait mal, adapte plutôt que d'arrêter : baisse le volume, évite temporairement les mouvements qui déclenchent la douleur et garde les activités qui passent bien. La douleur doit rester modérée pendant l'effort et ne pas augmenter le lendemain. Si elle s'aggrave malgré ces ajustements, fais-toi examiner.
Pour aller plus loin
- Douleur à la hanche en courant : causes et solutions du coureur
- Conflit fémoro-acétabulaire : la hanche du sportif qui coince
- Douleur inguinale du sportif : cartographier les causes
- Mobilité de hanche pour le squat : comment l'améliorer
- Soins proposés au cabinet
Références
- Allen, W.C., & Cope, R. (1995). "Coxa Saltans: The Snapping Hip Revisited." Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons, 3(5), 303-308.
- Giai Via, A., et al. (2016). "Endoscopic release of internal snapping hip: a review of literature." Muscles, Ligaments and Tendons Journal, 6(3), 372-377.
- Khan, M., et al. (2013). "Surgical management of internal snapping hip syndrome: a systematic review evaluating open and arthroscopic approaches." Arthroscopy, 29(5), 942-948.
- Lewis, C.L. (2010). "Extra-articular Snapping Hip: A Literature Review." Sports Health, 2(3), 186-190.
- Piechota, M., et al. (2016). "Internal snapping hip syndrome in dynamic ultrasonography." Journal of Ultrasonography, 16(66), 296-303.
- Potalivo, G., & Bugiantella, W. (2017). "Snapping hip syndrome: systematic review of surgical treatment." Hip International, 27(2), 111-121.
- Randelli, F., et al. (2021). "Surgical interventions for external snapping hip syndrome." Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, 29(8), 2386-2393.
- Sugrañes, J., et al. (2023). "Snapping Hip Syndrome: Pathoanatomy, Diagnosis, Nonoperative Therapy, and Current Concepts in Operative Management." JBJS Reviews, 11(6).
- Sunil Kumar, K.H., et al. (2021). "Pathogenesis and contemporary diagnoses for lateral hip pain: a scoping review." Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, 29(8), 2408-2416.
- Walker, P., et al. (2021). "Snapping Hip Syndrome: A Comprehensive Update." Orthopedic Reviews, 13(2), 25088.
- Winston, P., et al. (2007). "Clinical examination and ultrasound of self-reported snapping hip syndrome in elite ballet dancers." American Journal of Sports Medicine, 35(1), 118-126.
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.