Tendinopathie du sportif : symptômes, traitement et reprise
Une tendinopathie, c'est une douleur du tendon liée à la charge : elle apparaît quand tu demandes à un tendon plus que ce qu'il sait encaisser. On l'appelle souvent "tendinite", mais le terme recommandé aujourd'hui est tendinopathie. Le traitement de référence n'est pas le repos complet : c'est une charge adaptée, augmentée progressivement, en surveillant la douleur.
Dans ce guide : comment reconnaître une tendinopathie, pourquoi elle apparaît chez le sportif, ce que montrent les études sur le traitement, et comment reprendre le sport sans rechute.
Qu'est-ce qu'une tendinopathie ?
Un tendon relie un muscle à un os et transmet sa force. Une tendinopathie associe trois éléments : une douleur localisée sur le tendon, une baisse de la fonction et une tolérance réduite à l'effort. Une grande revue de 2021 décrit ce qui se passe dans le tendon : fibres de collagène désorganisées, plus de petits vaisseaux et de fibres nerveuses, matrice moins bien régulée, et présence de cellules immunitaires et de médiateurs inflammatoires (Millar et al., 2021).
Les localisations les plus fréquentes sont la coiffe des rotateurs à l'épaule, le coude (côté externe et interne), le tendon rotulien, les tendons fessiers et le tendon d'Achille (Millar et al., 2021).
Tendinite ou tendinopathie : quelle différence ?
"Tendinite" sous-entend une inflammation pure, qui se traiterait au repos et aux anti-inflammatoires. La réalité est plus complexe. Un groupe international d'experts a travaillé sur ce vocabulaire lors du consensus ICON 2019. Il souligne que des termes différents pour la même douleur tendineuse sèment la confusion et peuvent influencer le choix du traitement, et que "tendinopathie" est devenu le terme le plus utilisé pour une douleur persistante du tendon (Scott et al., 2020).
Le mot change la façon de se soigner : on ne "calme" pas une tendinopathie en attendant, on la reconditionne.
Symptômes : comment reconnaître une tendinopathie
Les signes typiques chez le sportif :
- Une douleur bien localisée sur le trajet du tendon ou à son insertion sur l'os.
- Une douleur liée à la charge : elle augmente quand le tendon travaille (sauts, course, montée de marches, port de charge).
- Une raideur au démarrage, le matin ou après être resté assis, qui s'atténue en bougeant.
- Un "échauffement trompeur" : la douleur baisse pendant l'effort, puis revient plus forte après, ou le lendemain matin.
- Parfois un épaississement du tendon à la palpation.
Le diagnostic est surtout clinique : l'interrogatoire et des tests qui mettent le tendon en charge suffisent dans la plupart des cas. L'imagerie n'est utile que dans certaines situations (Millar et al., 2021).
Attention : une douleur brutale avec sensation de claquement, une impossibilité de pousser sur la pointe du pied ou de tendre le genou, un gonflement important, de la fièvre ou une douleur la nuit sans lien avec l'effort ne correspondent pas à une tendinopathie classique. Consulte rapidement un médecin.
Pourquoi le sportif fait une tendinopathie
Le mécanisme principal est simple : la charge augmente plus vite que la capacité du tendon. Une revue sur la charge d'entraînement souligne que les augmentations excessives et rapides de charge expliquent probablement une grande part des blessures des tissus mous sans contact, et qu'à l'inverse une charge élevée mais construite progressivement est plutôt protectrice (Gabbett, 2016).
Situations classiques : reprise après une coupure, nouveau sport ou nouvelle surface, hausse brutale du volume, des sauts ou de la vitesse, compétitions enchaînées sans récupération.
Dans ma pratique de kiné, la question qui débloque le plus souvent le diagnostic est : "qu'est-ce qui a changé dans les semaines avant le début de la douleur ?" Il y a presque toujours une modification de charge, même si elle paraissait anodine.
Certains médicaments fragilisent aussi les tendons. C'est le cas des antibiotiques de la famille des fluoroquinolones (voir fluoroquinolones et rupture tendineuse). Signale toujours tes traitements à ton médecin.
Les stades de la tendinopathie
Cook et Purdam ont proposé en 2009 un modèle en continuum : le tendon passe d'une réponse "réactive" à la surcharge, potentiellement réversible, vers des stades de réparation désorganisée puis de dégénérescence (Cook et Purdam, 2009). Les auteurs le présentent comme un modèle à évaluer par les cliniciens et les chercheurs, pas comme une classification figée.
Le détail des trois stades est dans l'article sur le continuum tendineux.
Faut-il se mettre au repos ?
Non, pas au repos complet. Le repos total diminue la douleur, mais il diminue aussi la capacité du tendon. À la reprise, la même charge redevient trop élevée, et la douleur revient.
Un essai randomisé l'a testé sur des tendinopathies d'Achille. Un groupe a continué à courir et à sauter en surveillant la douleur, l'autre a arrêté ces activités pendant 6 semaines. Les deux suivaient le même programme de renforcement. Résultat : aucune différence entre les groupes, et aucun effet négatif du maintien de l'activité (Silbernagel et al., 2007).
Le bon réflexe est le repos relatif :
- tu réduis ou tu modifies ce qui provoque la douleur (volume, sauts, vitesse) ;
- tu gardes le reste de ton entraînement ;
- tu ajoutes un renforcement spécifique du muscle et du tendon concernés.
Pour garder la forme pendant cette période, lis adapter l'entraînement pendant une blessure.
Le repère de douleur
Dans ma pratique, j'utilise un repère simple. Une douleur modérée et tolérable pendant l'exercice est acceptable, à condition qu'elle revienne à ton niveau habituel le lendemain matin et qu'elle ne s'aggrave pas d'une semaine à l'autre. Si la douleur est plus forte le lendemain, la charge de la veille était trop élevée : tu réduis, sans tout arrêter.
C'est l'esprit du "pain-monitoring model" de l'essai de Silbernagel. Les seuils exacts se discutent avec ton kiné.
Traitement de la tendinopathie : le renforcement progressif
L'exercice est au centre du traitement. Une méta-analyse de 2023 regroupant 110 études sur 5 localisations (épaule, Achille, coude, genou, fessiers) a trouvé que les programmes avec charge additionnelle donnaient en moyenne de meilleurs résultats que ceux au poids du corps seul. Les fréquences inférieures à une séance par jour faisaient aussi mieux, en moyenne, que les programmes quotidiens ou biquotidiens (Pavlova et al., 2023). Les doses étant souvent mal décrites, ces tendances restent à confirmer. En clair : un renforcement suffisamment lourd, avec le temps de récupérer entre deux séances, plutôt que des exercices légers répétés plusieurs fois par jour.
Excentrique ou lourd et lent ?
Le protocole excentrique d'Alfredson (1998) a popularisé le renforcement pour le tendon d'Achille. Il portait sur 15 sportifs amateurs, sans groupe randomisé, avec 12 semaines d'excentrique en charge lourde. Tous avaient repris la course à la fin (Alfredson et al., 1998). C'est une étude pionnière, mais de faible niveau de preuve.
Depuis, d'autres formes de charge ont été comparées :
- Sur 58 patients avec une tendinopathie d'Achille, l'excentrique et le "heavy slow resistance" (charges lourdes, mouvements lents, en montée et en descente) ont donné des résultats aussi bons l'un que l'autre à 12 semaines et à un an. L'assiduité était meilleure avec le travail lourd et lent (Beyer et al., 2015).
- Sur 39 hommes avec une tendinopathie rotulienne, le travail lourd et lent a donné de bons résultats à court et à plus long terme (Kongsgaard et al., 2009).
- Une revue systématique n'a pas trouvé de preuve solide qu'isoler la phase excentrique soit supérieur aux autres programmes de charge (Malliaras et al., 2013).
L'excentrique reste donc un outil parmi d'autres. Le détail est dans l'entraînement excentrique.
Les exercices isométriques
L'isométrique consiste à contracter le muscle sans bouger, par exemple tenir une position de chaise contre un mur. Une petite étude sur 6 volleyeurs a montré une baisse immédiate de la douleur du tendon rotulien après des contractions isométriques, plus marquée qu'après des contractions dynamiques (Rio et al., 2015). Un essai sur 20 sportifs en saison a retrouvé cet effet antalgique immédiat plus important avec l'isométrique (Rio et al., 2017).
Mais un autre essai sur 29 sportifs n'a pas trouvé de différence entre isométrique et dynamique après 4 semaines : les deux programmes réduisaient la douleur (van Ark et al., 2016).
Conclusion prudente : l'isométrique est une option utile pour charger le tendon quand il est irritable ou en pleine saison, pas une solution supérieure à tout le reste.
Une progression type en 3 étapes
Ce schéma illustre la logique et ne remplace pas un bilan.
- Calmer sans décharger : réduction des activités provocantes, isométriques si le tendon est très irritable.
- Renforcer : exercices lents et lourds du muscle concerné (mollets pour l'Achille, quadriceps pour le tendon rotulien, épaule ou avant-bras selon le cas), avec des jours de récupération.
- Rendre le tendon "élastique" : sauts, bonds, accélérations, en augmentant progressivement le volume, avant le retour complet au sport.
On progresse d'une étape à l'autre sur des critères (douleur, force, tolérance au lendemain), pas sur un nombre de semaines fixé à l'avance.
Un cas particulier : les tendinopathies d'insertion
Quand la douleur siège à l'insertion du tendon sur l'os, la compression pourrait jouer un rôle. Cook et Purdam ont proposé que la compression du tendon contre l'os, et pas seulement la tension, participe à l'apparition et à l'entretien de certaines tendinopathies (Cook et Purdam, 2012). C'est une hypothèse appuyée sur des arguments anatomiques et cliniques, encore peu testée par des essais.
En pratique, pour ces formes, on évite souvent au début les positions qui écrasent le tendon contre l'os : étirements en fin d'amplitude, ou descente du talon sous le niveau d'une marche pour le tendon d'Achille. L'amplitude est ensuite réintroduite progressivement.
Infiltrations, ondes de choc, PRP : quelle place ?
Ce sont des traitements d'appoint. Leur indication relève du médecin.
Une revue publiée dans le Lancet sur 41 essais a montré que les infiltrations de corticoïdes réduisaient la douleur à court terme, mais que cet effet s'inversait à moyen et long terme, notamment pour l'épicondylite. Dans cette revue, le PRP n'était pas plus efficace qu'un placebo pour le tendon d'Achille (Coombes et al., 2010).
Dans l'essai de Kongsgaard sur le tendon rotulien, les résultats du groupe infiltration se dégradaient au suivi à 6 mois, contrairement aux groupes de renforcement (Kongsgaard et al., 2009).
Retenir : aucun de ces traitements ne remplace le renforcement. Au mieux, ils facilitent une période de charge.
Reprise du sport après une tendinopathie
La disparition de la douleur au quotidien ne suffit pas pour reprendre à plein régime. Le tendon doit tolérer la charge spécifique de ton sport.
Repères pour décider avec ton kiné :
- la douleur reste stable ou baisse le lendemain des séances ;
- la force du côté atteint est proche du côté sain sur des tests simples ou mesurés ;
- les exercices de sauts ou de course, selon ton sport, ne réveillent pas la douleur le lendemain ;
- tu as réintroduit la vitesse et les changements de direction avant la compétition.
Pour le tendon d'Achille, les étapes sont détaillées dans le retour au sport après tendinopathie d'Achille.
Dans ma pratique, la rechute survient le plus souvent dans les semaines qui suivent la reprise, quand le renforcement est abandonné parce que "ça ne fait plus mal". Garde une à deux séances de renforcement par semaine après le retour au sport.
Prévenir la tendinopathie quand on fait du sport
- Augmente la charge progressivement : un seul paramètre à la fois (volume, intensité, sauts). Voir la surcharge progressive.
- Renforce-toi régulièrement : dans une méta-analyse de 25 essais, les programmes de renforcement musculaire réduisaient nettement le risque de blessure sportive, alors que les étirements n'avaient pas d'effet préventif démontré (Lauersen et al., 2014).
- Planifie les reprises : après une coupure, repars en dessous de ton dernier niveau.
- Écoute le lendemain : une raideur matinale qui s'installe est un signal précoce.
Pour mieux suivre ta charge, lis charge externe et charge interne.
Quand consulter un kiné ?
Consulte si la douleur dure plus de quelques semaines malgré une baisse de la charge, si elle t'empêche de pratiquer, si elle revient à chaque reprise, ou si tu ne sais pas comment doser ton renforcement. Le bilan confirme le diagnostic, cherche ce qui a déclenché la douleur et construit une progression adaptée.
Au Cabinet Sequoia à Vandœuvre-lès-Nancy, la rééducation des tendinopathies fait partie des soins proposés.
FAQ
Qu'est-ce qu'une tendinopathie ?
C'est une atteinte du tendon liée à la charge, qui associe douleur localisée, baisse de la fonction et moindre tolérance à l'effort. Elle touche surtout l'épaule, le coude, le tendon rotulien, les fessiers et le tendon d'Achille. Le terme est préféré à "tendinite", car le problème ne se résume pas à une inflammation : la structure du tendon et sa capacité à encaisser la charge sont modifiées.
Une tendinopathie peut-elle passer toute seule ?
Parfois, quand la surcharge est récente et qu'elle est vite corrigée. Mais une tendinopathie installée récidive souvent si l'on se contente d'attendre, car le tendon ne récupère pas sa capacité au repos. Le traitement le mieux étudié est le renforcement progressif. Si la douleur persiste plus de quelques semaines ou revient à chaque reprise, un bilan est utile.
Comment guérir une tendinite rapidement ?
Il n'existe pas de raccourci fiable. Ce qui aide le plus : réduire les activités qui font mal sans tout arrêter, puis renforcer le muscle et le tendon avec des charges suffisantes, en laissant des jours de récupération. Les infiltrations soulagent parfois à court terme, mais une revue montre que l'effet s'inverse à moyen terme. La durée dépend du tendon et de l'ancienneté des symptômes.
Peut-on continuer le sport avec une tendinopathie ?
Souvent oui, en adaptant. Dans un essai sur le tendon d'Achille, continuer à courir et sauter en surveillant la douleur n'a pas donné de moins bons résultats qu'arrêter ces activités pendant 6 semaines. Le repère : une douleur tolérable pendant l'effort, qui revient à son niveau habituel le lendemain matin. Si elle augmente d'un jour à l'autre, il faut réduire.
Faut-il étirer un tendon douloureux ?
Les étirements ne sont pas le traitement principal. Pour les tendinopathies d'insertion, au talon par exemple, les positions d'étirement en fin d'amplitude pourraient comprimer le tendon contre l'os et entretenir la douleur. Le renforcement progressif est mieux étayé. En prévention, une méta-analyse n'a pas trouvé d'effet protecteur des étirements, contrairement au renforcement.
Combien de temps dure une tendinopathie ?
C'est variable. Dans les essais cités ici, les programmes de renforcement duraient 12 semaines, et l'amélioration se poursuit souvent au-delà. Une tendinopathie ancienne demande en général plus de temps qu'une surcharge récente. Le bon indicateur n'est pas le calendrier, mais la tolérance du tendon à des charges croissantes.
Pour aller plus loin
- Continuum tendineux : comprendre les stades
- Tendinopathie d'Achille : le guide du coureur
- Épicondylite (tennis elbow) : traitement
- Tendinite de l'épaule : traitement complet
- Douleur en musculation : quand pousser, quand arrêter
Références
- Alfredson, H., Pietilä, T., Jonsson, P. & Lorentzon, R. (1998). "Heavy-load eccentric calf muscle training for the treatment of chronic Achilles tendinosis." American Journal of Sports Medicine, 26(3), 360-366.
- Beyer, R., et al. (2015). "Heavy Slow Resistance Versus Eccentric Training as Treatment for Achilles Tendinopathy: A Randomized Controlled Trial." American Journal of Sports Medicine, 43(7), 1704-1711.
- Cook, J.L. & Purdam, C.R. (2009). "Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy." British Journal of Sports Medicine, 43(6), 409-416.
- Cook, J.L. & Purdam, C. (2012). "Is compressive load a factor in the development of tendinopathy?" British Journal of Sports Medicine, 46(3), 163-168.
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- Malliaras, P., Barton, C.J., Reeves, N.D. & Langberg, H. (2013). "Achilles and patellar tendinopathy loading programmes: a systematic review comparing clinical outcomes and identifying potential mechanisms for effectiveness." Sports Medicine, 43(4), 267-286.
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- Pavlova, A.V., et al. (2023). "Effect of resistance exercise dose components for tendinopathy management: a systematic review with meta-analysis." British Journal of Sports Medicine, 57(20), 1327-1334.
- Rio, E., et al. (2015). "Isometric exercise induces analgesia and reduces inhibition in patellar tendinopathy." British Journal of Sports Medicine, 49(19), 1277-1283.
- Rio, E., et al. (2017). "Isometric Contractions Are More Analgesic Than Isotonic Contractions for Patellar Tendon Pain: An In-Season Randomized Clinical Trial." Clinical Journal of Sport Medicine, 27(3), 253-259.
- Scott, A., et al. (2020). "ICON 2019: International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus: Clinical Terminology." British Journal of Sports Medicine, 54(5), 260-262.
- Silbernagel, K.G., Thomeé, R., Eriksson, B.I. & Karlsson, J. (2007). "Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled study." American Journal of Sports Medicine, 35(6), 897-906.
- van Ark, M., et al. (2016). "Do isometric and isotonic exercise programs reduce pain in athletes with patellar tendinopathy in-season? A randomised clinical trial." Journal of Science and Medicine in Sport, 19(9), 702-706.
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.