Prothèse de genou : à quel âge, quand opérer et comment la retarder
Il n'existe pas d'âge idéal pour une prothèse de genou. On l'envisage quand l'arthrose gêne fortement ta vie quotidienne et que les traitements sans chirurgie, bien conduits, ne suffisent plus. L'âge compte surtout pour la durée de vie de la prothèse : plus on est opéré jeune, plus le risque d'une seconde opération (reprise) augmente.
Voici les critères qui guident cette décision, ce que disent les données sur l'âge, et ce que tu peux faire pour repousser l'échéance ou bien la préparer.
Arthrose du genou : quand envisager une prothèse ?
La recommandation britannique NICE sur l'arthrose (2022) propose d'envisager l'avis d'un chirurgien pour une prothèse quand deux conditions sont réunies :
- Les symptômes du genou (douleur, raideur, perte de fonction, déformation qui progresse) pèsent nettement sur ta qualité de vie.
- Les traitements sans chirurgie (exercice thérapeutique, perte de poids si besoin, antalgiques) sont inefficaces ou impossibles à suivre.
La même recommandation précise que la décision repose sur l'examen clinique, pas sur un score de sévérité ou une radio seule. Elle demande aussi de ne pas écarter quelqu'un de cet avis chirurgical à cause de son âge, de son poids, du tabac ou d'autres maladies. Ces facteurs modifient les risques de l'opération, et ils doivent être expliqués, mais ils ne ferment pas la porte (NICE, 2022).
Concrètement, les situations qui amènent souvent à en parler avec le chirurgien :
- Une douleur présente la plupart des jours, qui réveille la nuit.
- Un périmètre de marche qui se réduit, des escaliers de plus en plus difficiles.
- Un genou qui se déforme (jambes en O ou en X) ou qui ne se tend plus complètement.
- Des activités importantes pour toi abandonnées une à une.
La radio confirme l'usure, mais elle ne décide pas seule. Deux personnes avec la même image peuvent vivre leur genou de façon très différente. Pour comprendre l'arthrose elle-même, lis le guide de la gonarthrose.
Le choix d'opérer, le moment et le type de prothèse relèvent du chirurgien orthopédiste, avec toi. Le kiné t'aide à préparer cette discussion : où en sont ta force, ta mobilité, ta marche, et qu'est-ce qui a vraiment été essayé.
Prothèse de genou : quel âge ?
La prothèse de genou concerne surtout des personnes de plus de 60 ans, mais il n'y a pas de limite d'âge officielle, ni basse ni haute. Ce que l'âge change, c'est le risque de reprise au cours de la vie.
Une grande étude britannique a suivi plus de 54 000 prothèses totales de genou jusqu'à 20 ans (Bayliss et al., 2017) :
- La prothèse était toujours en place chez environ 96 % des personnes à 10 ans et 90 % à 20 ans.
- Opéré après 70 ans, le risque d'avoir besoin d'une reprise au cours de sa vie était d'environ 5 %.
- Plus on est opéré jeune, plus ce risque augmente : jusqu'à environ 35 % chez les hommes opérés au début de la cinquantaine. Il était plus faible chez les femmes du même âge.
Les auteurs concluent que ces chiffres doivent faire partie de la décision partagée chez les personnes jeunes. Ce n'est pas un interdit : c'est une information de plus à mettre en balance avec la gêne actuelle.
Combien de temps dure une prothèse de genou ?
Une méta-analyse des registres nationaux de prothèses (près de 300 000 prothèses totales) estime qu'environ 82 % des prothèses totales de genou durent 25 ans, et environ 70 % des prothèses partielles (unicompartimentaires) (Evans et al., 2019). Ces chiffres portent sur des prothèses posées il y a longtemps : les implants récents ne sont pas encore évaluables à 25 ans.
Prothèse totale ou partielle ?
Quand l'arthrose ne touche qu'un côté du genou, en général le côté interne, une prothèse partielle peut être discutée. Dans un essai de 528 personnes, prothèse totale et prothèse partielle donnaient des résultats cliniques équivalents à 5 ans, avec un nombre de réopérations et de complications similaire (Beard et al., 2019). Le choix dépend de l'examen, de l'imagerie et de l'expérience du chirurgien.
Opérer tôt ou attendre : les deux risques
Opérer tôt expose à une durée de vie plus longue avec la prothèse, donc à un risque plus élevé de reprise, comme on vient de le voir.
Attendre trop longtemps a aussi un coût. Dans une étude de 222 personnes opérées d'une prothèse de hanche ou de genou, celles qui arrivaient à l'opération avec la fonction la plus dégradée n'atteignaient pas, 6 mois après, le niveau de celles opérées avec une meilleure fonction. L'écart était le plus net pour le genou (Fortin et al., 1999). Il s'agit d'une étude d'observation ancienne, mais le message est cohérent : un genou qui a perdu des années de force et de mobilité les récupère plus difficilement.
Entre les deux, l'objectif n'est donc pas d'attendre le plus possible, mais d'arriver à la décision avec un genou et des muscles en bon état, que tu sois opéré ou non.
Peut-on éviter ou retarder une prothèse de genou ?
Oui, chez une partie des personnes. L'essai le plus utile pour répondre est danois. 100 personnes avec une arthrose modérée à sévère, toutes candidates à une prothèse totale, ont été réparties au hasard en deux groupes (Skou et al., 2015) :
- Prothèse puis 12 semaines de traitement non chirurgical.
- 12 semaines de traitement non chirurgical seul : exercices supervisés par des kinés, éducation, conseils diététiques, semelles et antalgiques.
À 12 mois, le groupe opéré avait davantage progressé sur la douleur et la fonction, mais aussi plus d'événements indésirables graves. Dans le groupe sans chirurgie, la majorité avait nettement progressé et seules 26 % des personnes s'étaient fait opérer. À 2 ans, ce chiffre montait à 32 % : deux personnes sur trois avaient repoussé la prothèse d'au moins 2 ans (Skou et al., 2018).
Ce que ces résultats veulent dire : la prothèse soulage en moyenne plus que le traitement non chirurgical, mais un programme bien conduit permet à beaucoup de personnes de différer l'opération. Les deux options ne s'opposent pas : on peut essayer l'une, puis décider de l'autre.
L'exercice thérapeutique
C'est le premier traitement recommandé pour tout le monde. La NICE recommande un exercice adapté (renforcement local et endurance générale), éventuellement supervisé, et prévient que la douleur peut augmenter au début (NICE, 2022). Une revue Cochrane de 54 essais retrouve une baisse de la douleur et une amélioration de la fonction, d'un ordre de grandeur comparable à celui des anti-inflammatoires, avec un effet qui persiste 2 à 6 mois après la fin du programme (Fransen et al., 2015).
Dans ma pratique de kiné, ce qui fait la différence n'est pas un exercice magique. C'est la progression : des charges qui augmentent semaine après semaine, et une régularité sur plusieurs mois. Un programme léger fait trois semaines puis abandonné ne permet pas de juger si le traitement non chirurgical a marché.
La perte de poids, si tu es en surpoids
Dans l'essai IDEA, chez des personnes en surpoids avec une arthrose du genou, l'association d'un régime et d'exercices (environ 11 % du poids perdu en 18 mois) a donné moins de douleur et une meilleure fonction que l'exercice seul (Messier et al., 2013). La NICE précise que toute perte de poids aide, et que 10 % fait mieux que 5 % (NICE, 2022). Pour le volet entraînement, lis musculation et perte de poids.
Rester actif, y compris en courant
Marche, vélo, natation et renforcement sont les activités les plus faciles à doser. La course n'est pas interdite par principe avec de l'arthrose. Elle se discute selon ta tolérance et ton historique. J'ai détaillé ce point dans course à pied et arthrose du genou : le mythe.
Les médicaments et les infiltrations
Ils relèvent du médecin. Pour repère, la NICE déconseille les injections d'acide hyaluronique dans l'arthrose. Elle envisage les infiltrations de corticoïdes quand les autres traitements ne suffisent pas, ou pour permettre de faire les exercices, en précisant que le soulagement ne dure que quelques semaines (NICE, 2022). Dans un essai de 2 ans, des infiltrations de corticoïdes répétées tous les 3 mois n'ont pas fait mieux que le sérum physiologique sur la douleur, avec une perte de cartilage un peu plus importante (McAlindon et al., 2017).
Le rôle du kiné : une prise en charge par étapes
Que l'objectif soit d'éviter, de retarder ou de préparer une prothèse, la démarche est la même. Elle avance par critères, pas par dates.
Étape 1 : bilan et calme de la douleur. On mesure la douleur, la mobilité (surtout l'extension), la force du quadriceps et des fessiers, la marche et les gestes difficiles. Puis on adapte les activités qui font flamber le genou sans tout arrêter.
Critères pour passer à l'étape 2 : douleur stable d'un jour à l'autre, pas de gonflement qui augmente après l'effort, exercices de base tolérés.
Étape 2 : renforcement progressif. Assis-debout, montées de marche, squat partiel, presse, travail sur une jambe, vélo. La charge augmente quand l'exercice devient facile. Une douleur modérée pendant l'exercice est acceptable si elle revient à son niveau de départ dans les 24 heures.
Critères pour passer à l'étape 3 : force qui progresse aux tests, escaliers plus faciles, marche plus longue sans gonflement.
Étape 3 : autonomie et activités. Tu poursuis seul avec un programme d'entretien, et tu reprends les activités qui comptent pour toi.
Si, après plusieurs mois de ce travail bien suivi, la gêne reste forte, c'est une information précieuse pour la consultation chirurgicale.
Si la prothèse est décidée, la HAS recommande que le médecin traitant prescrive 10 séances de kiné avant l'opération : gagner de la mobilité, renforcer, et apprendre les exercices de l'après (HAS, 2008). Le déroulé de l'après-opération est détaillé dans rééducation après prothèse de genou : étapes, flexion et séances.
Dans ma pratique de kiné, les personnes qui arrivent à l'opération en ayant déjà appris à contracter leur quadriceps et à faire leurs exercices démarrent la rééducation avec un temps d'avance. Elles savent quoi faire dès les premiers jours.
Ce qu'une prothèse peut et ne peut pas changer
Une prothèse soulage la douleur de l'arthrose chez la grande majorité des personnes. Mais les attentes doivent être réalistes. Dans une grande étude canadienne, environ une personne sur cinq n'était pas satisfaite de sa prothèse de genou à un an, et des attentes non atteintes étaient le premier facteur d'insatisfaction (Bourne et al., 2010). Une revue estime qu'environ 20 % des personnes gardent une douleur gênante à long terme (Beswick et al., 2012).
Ce n'est pas une raison pour refuser l'opération. C'est une raison pour en parler franchement avec le chirurgien : ce que tu espères retrouver, ce qui est réaliste, et ce qui dépendra de la rééducation.
Les signes qui doivent faire consulter rapidement
Une arthrose évolue en général lentement. Certains signes sortent de ce cadre et demandent un avis médical rapide, sans attendre le kiné :
- Genou chaud, rouge, gonflé avec de la fièvre : urgence, il faut éliminer une infection.
- Mollet gonflé, dur et douloureux : suspicion de phlébite.
- Genou bloqué, impossible à tendre ou à plier, ou impossible de poser le pied après une chute.
- Douleur nocturne intense et inexpliquée, avec fatigue ou perte de poids.
- Douleur qui s'aggrave brutalement sans raison apparente.
Pour les autres situations, voir quand consulter : les signes d'urgence.
FAQ
À quel âge peut-on se faire poser une prothèse de genou ?
Il n'y a pas d'âge minimal ni maximal. La prothèse concerne surtout des personnes de plus de 60 ans. Plus on est opéré jeune, plus le risque d'une reprise au cours de la vie augmente : environ 5 % après 70 ans, jusqu'à environ 35 % chez les hommes opérés au début de la cinquantaine dans une grande étude britannique. La décision tient compte de la gêne, pas seulement de l'âge.
Arthrose du genou : quand faut-il se faire opérer ?
On envisage une prothèse quand la douleur, la raideur ou la perte de fonction pèsent nettement sur ta vie et que les traitements sans chirurgie bien conduits ne suffisent plus : exercice progressif sur plusieurs mois, perte de poids si besoin, antalgiques. La radio seule ne décide pas. Le moment et le type de prothèse se discutent avec le chirurgien orthopédiste.
Peut-on éviter une prothèse de genou ?
Chez une partie des personnes, oui, au moins pour quelques années. Dans un essai danois, deux personnes sur trois candidates à une prothèse ont repoussé l'opération d'au moins 2 ans après 12 semaines d'exercices supervisés, d'éducation et de conseils. La prothèse soulage en moyenne davantage. Les deux options ne s'opposent pas : on peut essayer l'une puis choisir l'autre.
Combien de temps dure une prothèse de genou ?
D'après les registres nationaux de prothèses, environ 82 % des prothèses totales de genou sont encore en place 25 ans après la pose, et environ 70 % des prothèses partielles. Une reprise reste possible avant, notamment chez les personnes opérées jeunes et actives. Les implants posés aujourd'hui ne peuvent pas encore être évalués à 25 ans.
Faut-il faire de la kiné avant une prothèse de genou ?
La HAS recommande que le médecin traitant prescrive 10 séances de kiné avant l'opération. Elles servent à gagner de la mobilité, renforcer le quadriceps et apprendre les exercices de l'après. Plus largement, arriver à l'opération avec un genou mobile et des muscles entretenus facilite la rééducation qui suit.
Est-il trop tard pour se faire opérer à 80 ans ?
L'âge seul n'est pas une contre-indication. La recommandation britannique NICE demande de ne pas écarter quelqu'un d'un avis chirurgical à cause de son âge. Ce sont l'état de santé général, les autres maladies et le projet de vie qui pèsent dans la balance. Le chirurgien et l'anesthésiste évaluent les risques au cas par cas.
Pour aller plus loin
- Rééducation après prothèse de genou : étapes, flexion et séances
- Gonarthrose : le guide complet de l'arthrose du genou
- Course à pied et arthrose du genou, le mythe qui tue la motivation
- Lésion du ménisque : faut-il opérer ou laisser cicatriser ?
- Soins proposés au cabinet
Références
- Bayliss, L.E., et al. (2017). "The effect of patient age at intervention on risk of implant revision after total replacement of the hip or knee: a population-based cohort study." The Lancet, 389(10077), 1424-1430.
- Beard, D.J., et al. (2019). "The clinical and cost-effectiveness of total versus partial knee replacement in patients with medial compartment osteoarthritis (TOPKAT): 5-year outcomes of a randomised controlled trial.%3A%205-year%20outcomes%20of%20a%20randomised%20controlled%20trial)" The Lancet, 394(10200), 746-756.
- Beswick, A.D., et al. (2012). "What proportion of patients report long-term pain after total hip or knee replacement for osteoarthritis? A systematic review of prospective studies in unselected patients." BMJ Open, 2(1), e000435.
- Bourne, R.B., et al. (2010). "Patient satisfaction after total knee arthroplasty: who is satisfied and who is not?" Clinical Orthopaedics and Related Research, 468(1), 57-63.
- Evans, J.T., et al. (2019). "How long does a knee replacement last? A systematic review and meta-analysis of case series and national registry reports with more than 15 years of follow-up." The Lancet, 393(10172), 655-663.
- Fortin, P.R., et al. (1999). "Outcomes of total hip and knee replacement: preoperative functional status predicts outcomes at six months after surgery." Arthritis & Rheumatism, 42(8), 1722-1728.
- Fransen, M., et al. (2015). "Exercise for osteoarthritis of the knee." Cochrane Database of Systematic Reviews, 1, CD004376.
- McAlindon, T.E., et al. (2017). "Effect of Intra-articular Triamcinolone vs Saline on Knee Cartilage Volume and Pain in Patients With Knee Osteoarthritis: A Randomized Clinical Trial." JAMA, 317(19), 1967-1975.
- Messier, S.P., et al. (2013). "Effects of intensive diet and exercise on knee joint loads, inflammation, and clinical outcomes among overweight and obese adults with knee osteoarthritis: the IDEA randomized clinical trial." JAMA, 310(12), 1263-1273.
- Skou, S.T., et al. (2015). "A Randomized, Controlled Trial of Total Knee Replacement." New England Journal of Medicine, 373(17), 1597-1606.
- Skou, S.T., et al. (2018). "Total knee replacement and non-surgical treatment of knee osteoarthritis: 2-year outcome from two parallel randomized controlled trials." Osteoarthritis and Cartilage, 26(9), 1170-1180.
- Haute Autorité de santé (2008). Critères de suivi en rééducation et d'orientation en ambulatoire ou en SSR après arthroplastie totale du genou. has-sante.fr
- NICE (2022). Osteoarthritis in over 16s: diagnosis and management (NG226). nice.org.uk
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.