Gonarthrose : le guide complet de l'arthrose du genou
Tu as plus de 50 ans. Ton genou craque en montant les escaliers. Il gonfle après une longue marche. Le matin, il est raide pendant 15 minutes puis ça passe. Le médecin a fait une radio et le verdict tombe : gonarthrose. Arthrose du genou.
La gonarthrose touche 35% des personnes de plus de 65 ans. C'est la première cause de handicap fonctionnel après 50 ans dans les pays développés. Cross et al. (2014, Annals of the Rheumatic Diseases) estiment que 250 millions de personnes dans le monde en souffrent. C'est la pathologie articulaire la plus fréquente, et la plus redoutée.
Mais la gonarthrose n'est pas une condamnation. C'est un diagnostic qui ouvre des options. Et la première option, la plus efficace, n'est pas un médicament.
Les stades de la gonarthrose
La classification de Kellgren-Lawrence (radio) distingue 4 stades :
Stade 1 (douteux) : pincement articulaire minimal, possible ostéophyte naissant. Souvent découvert par hasard. Peu ou pas de symptômes.
Stade 2 (leger) : ostéophytes nets, léger pincement de l'interligne articulaire. Début de douleur à l'effort prolonge, raideur matinale courte (moins de 15 minutes).
Stade 3 (modere) : pincement articulaire marque, ostéophytes multiples, début de déformation axiale (genu varum ou valgum). Douleur régulière à la marche et dans les escaliers, gonflement occasionnel.
Stade 4 (severe) : pincement articulaire complet (os sur os), ostéophytes volumineux, déformation axiale marquée, sclérose sous-chondrale. Douleur quotidienne, périmètre de marche réduit, difficulté fonctionnelle importante.
Le stade radiologique ne corrèle pas toujours avec la douleur. Bedson et Croft (2008, BMC Musculoskeletal Disorders) ont montré que 50% des patients avec un stade 4 radiologique ont des douleurs modérées, et 20% des patients avec un stade 1-2 ont des douleurs sévères. L'image ne prédit pas la douleur.
Les 3 compartiments
Le genou à 3 compartiments qui peuvent être touchés séparément ou ensemble :
Compartiment femoro-tibial interne (medial) : le plus fréquent (75% des gonarthroses). Le poids se concentre sur l'intérieur du genou. C'est la gonarthrose classique avec genu varum (jambes arquees).
Compartiment femoro-tibial externe (lateral) : moins fréquent. Associe au genu valgum (genoux en X).
Compartiment femoro-patellaire : arthrose entre la rotule et le fémur. Douleur en montant/descendant les escaliers, en s'accroupissant, après position assise prolongée. Distinct du syndrome fémoro-patellaire qui touche les jeunes : ici, c'est le cartilage qui est véritablement use.
Les facteurs de risque modifiables
Le poids
C'est le facteur numéro un. Chaque kilogramme de poids corporel se traduit par 3 à 6 kg de charge sur le genou à la marche. Si tu pèses 90 kg, ton genou supporte 270 à 540 kg à chaque pas. Felson et al. (1997, Annals of Internal Medicine) ont montré qu'une perte de 5 kg réduit le risque de gonarthrose de 50%. Chez les patients déjà arthrosiques, la perte de poids est le traitement le plus puissant (voir Prothèse de genou à quel âge et comment l'éviter).
La faiblesse du quadriceps
Le quadriceps est l'amortisseur du genou. Segal et al. (2009, Arthritis & Rheumatism) ont montré qu'une faiblesse du quadriceps précède et prédit la progression de la gonarthrose. Le muscle faible laisse le cartilage absorber les chocs. Le cartilage n'est pas conçu pour ça.
L'inactivité physique
Le cartilage se nourrit par imbibition : la compression et la décompression alternées pendant le mouvement font entrer les nutriments du liquide synovial dans le cartilage. Un genou immobile est un genou qui meurt de faim. La sédentarité accélère la dégradation du cartilage.
Les traumatismes antérieurs
Une rupture du LCA, une lésion méniscale, une fracture articulaire augmentent le risque de gonarthrose de 3 à 5 fois dans les 10 à 20 ans suivants. C'est l'arthrose post-traumatique. La rééducation complète après un traumatisme du genou est une prevention à long terme.
Le traitement : l'exercice d'abord
Les recommandations internationales (OARSI, EULAR, ACR) sont unanimes : l'exercice thérapeutique et la perte de poids sont les traitements de première intention de la gonarthrose. Avant les médicaments, avant les infiltrations, avant la chirurgie.
Le renforcement musculaire
Fransen et al. (2015, Cochrane Database of Systematic Reviews) : 54 essais contrôles, plus de 8000 patients. L'exercice réduit la douleur de 12 points sur 100 et amélioré la fonction de 10 points sur 100. C'est l'équivalent des AINS, sans les effets secondaires.
Quadriceps : c'est la cible prioritaire.
- Chaise murale (wall sit) : dos au mur, genoux à 45 degrés. Maintiens 30 secondes. 5 séries. Excellent pour débuter.
- Leg extension : machine ou élastique. 3 x 12. Commence léger. Le quadriceps doit brûler, le genou ne doit pas faire mal.
- Step-up : monte sur une marche de 15-20 cm. 3 x 10 par jambe. Progressif en hauteur.
- Leg press : amplitude 0 à 60 degrés pour minimiser le stress fémoro-patellaire. 3 x 10.
Ischiojambiers : leg curl, pont fessier. 3 x 12. L'équilibre quadriceps/ischiojambiers protège le genou.
Fessiers : moyen fessier (clamshell, abduction latérale), grand fessier (pont fessier, hip thrust). Les fessiers contrôlent l'alignement du genou. Un moyen fessier faible laisse le genou tomber en valgus.
Mollets : montées sur pointe de pied. 3 x 15. La force des mollets aide à la propulsion et réduit la charge sur le genou.
L'exercice aerobique
La marche est le meilleur exercice pour la gonarthrose. Lo et al. (2022, Arthritis & Rheumatology) ont montré dans une étude de 1212 patients que la marche régulière (minimum 6000 pas par jour) réduit de 40% la progression de la gonarthrose sur 4 ans.
Le vélo est excellent : pas d'impact, amplitude de mouvement contrôlée, renforcement du quadriceps en résistance modérée. 20 à 30 minutes, 3 à 4 fois par semaine.
La natation et l'aquagym : l'eau porte le corps (90% de réduction de charge) tout en fournissant une résistance pour le renforcement. Idéal pour les gonarthroses sévères ou la marche est trop douloureuse.
Le squat avec gonarthrose
Oui, tu peux faire du squat avec une gonarthrose. Mais adapte l'amplitude. Commence par un quart de squat (flexion à 45 degrés). Si c'est tolère, progresse vers un demi-squat (90 degrés). Le squat profond est souvent trop compressif pour le compartiment fémoro-patellaire arthrosique. Ne force pas au-delà de la douleur.
La charge progressive est la clé. Commence au poids du corps. Ajoute 2,5 kg par semaine. Le cartilage s'adapte à la charge, mais lentement. Respecte le rythme.
Les traitements complémentaires
Médicaments
Paracetamol : premier choix, mais efficacité modeste. Machado et al. (2015, The BMJ) ont montré que le paracétamol est a peine supérieur au placebo pour la gonarthrose.
AINS : plus efficaces sur la douleur, mais effets secondaires gastro-intestinaux et cardiovasculaires en usage prolonge. Utilisation ponctuelle pour les poussées, pas en chronique.
Topiques (gel anti-inflammatoire) : AINS en gel local. Moins d'effets secondaires systémiques, efficacité locale modeste. Bonne option pour les poussées.
Infiltrations
Acide hyaluronique : effet modeste mais réel, 3 à 6 mois. 1 à 3 injections. Utile quand l'exercice seul ne suffit pas.
Cortisone : soulagement rapide (1-4 semaines) mais court. Maximum 3 infiltrations par an. Au-delà, risque d'accélération de la perte cartilagineuse.
PRP : résultats prometteurs, potentiellement supérieurs à l'acide hyaluronique à 12 mois. Pas encore rembourse, coût élevé.
Orthèses
Genouillere de decharge : redistribue les forces vers le compartiment sain. Utile pour la gonarthrose unicompartimentale.
Semelles avec coin lateral ou medial : modifient l'alignement du genou. Effet modeste. A essayer, peu d'inconvénients.
Quand envisager la chirurgie
Voir Prothèse de genou à quel âge et comment l'éviter pour les détails. En résume : quand la douleur quotidienne ne répond plus a un traitement conservateur bien conduit pendant au moins 6 mois, et que la qualité de vie est significativement impactee.
Les chirurgies intermédiaires :
- Osteotomie tibiale : realignement de l'axe du membre pour décharger le compartiment arthrosique. Pour les patients jeunes (moins de 60 ans) avec une gonarthrose unicompartimentale.
- Prothese unicompartimentale (PUC) : remplacement d'un seul compartiment. Récupération plus rapide, meilleure cinématique, mais indication restreinte.
Ce qu'il faut retenir
La gonarthrose est fréquente mais pas une fatalité. Le stade radiologique ne prédit pas la douleur. Le traitement de première intention est l'exercice (renforcement du quadriceps et des fessiers) et la perte de poids. La marche régulière ralentit la progression. Le genou a besoin de mouvement, pas de repos. La chirurgie est réservée aux échecs du traitement conservateur bien conduit.
FAQ
L'arthrose du genou peut-elle disparaître ?
Le cartilage détruit ne repousse pas. Mais la douleur peut disparaître ou diminuer significativement avec le renforcement musculaire et la perte de poids. Beaucoup de patients avec une gonarthrose radiologique vivent sans douleur grâce a un mode de vie actif. L'objectif n'est pas de "guerir" l'arthrose mais de vivre bien avec.
La course à pied accélère-t-elle l'arthrose du genou ?
Non, si tes genoux sont sains au départ. Lo et al. (2017, Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy) ont montré que les coureurs récréatifs n'ont pas plus d'arthrose du genou que les sédentaires. Si tu as déjà une gonarthrose, la course est possible mais a adapter (volume réduit, terrain souple, chaussures amorties). Le vélo est souvent mieux tolère.
Faut-il prendre de la glucosamine ou de la chondroitine ?
Les études sont contradictoires. Wandel et al. (2010, The BMJ) dans une large méta-analyse n'ont trouvé aucun effet cliniquement significatif de la glucosamine ou de la chondroitine par rapport au placebo. Certains patients rapportent un bénéfice subjectif. Ça ne fait pas de mal, mais ne mise pas dessus comme traitement principal.
Quand consulter un kiné
Certains signaux doivent te pousser à consulter un kinésithérapeute sans attendre :
- La douleur persiste au-delà de 7 à 10 jours malgré le repos
- L'intensité de la douleur augmente au lieu de diminuer
- Tu perds en mobilité ou en force
- La douleur t'empêche de dormir ou perturbe ton quotidien
- Tu ressens des fourmillements, une perte de sensibilité ou une faiblesse musculaire
Un bilan kiné permet d'identifier la cause exacte de ton problème et de mettre en place un protocole adapté à ta situation. Plus tu attends, plus la rééducation sera longue.
À retenir
Les points essentiels à garder en tête sur gonarthrose :
1. Identifier la cause avant de chercher un traitement. Une douleur identique peut avoir des origines très différentes.
2. L'exercice actif est ton meilleur allié. La sédentarité aggrave la plupart des pathologies musculo-squelettiques.
3. La progression est progressive. Pas de raccourci, pas de miracle. La constance bat l'intensité.
4. Les douleurs persistantes méritent un avis pro. Ne laisse pas un problème s'installer pendant des mois.
5. La prévention vaut mieux que la rééducation. Bouger régulièrement, varier les activités, écouter les signaux du corps.
Pour aller plus loin
- Proth��se de genou : à quel âge et comment l
- Rééducation après prothèse de hanche : le guide complet
- Douleur de dos : le guide complet pour comprendre et agir
- Télétravail et TMS : le guide de survie pour ton corps
References
- Cross, M, et al. (2014). "The global burden of hip and knee osteoarthritis." Annals of the Rheumatic Diseases, 73(7), 1323-1330.
- Bedson, J. & Croft, P.R. (2008). "The discordance between clinical and radiographic knee osteoarthritis." BMC Musculoskeletal Disorders, 9, 116.
- Felson, D.T, et al. (1997). "Weight loss reduces the risk for symptomatic knee osteoarthritis in women." Annals of Internal Medicine, 116(7), 535-539.
- Segal, N.A, et al. (2009). "Quadriceps weakness predicts risk for knee joint space narrowing in women." Arthritis & Rheumatism, 60(1), 189-198.
- Fransen, M, et al. (2015). "Exercise for osteoarthritis of the knee." Cochrane Database of Systematic Reviews, (1), CD004376.
- Lo, G.H, et al. (2022). "Walking, the benefits of which are not a myth." Arthritis & Rheumatology, 74(7), 1168-1175.
- Machado, G.C, et al. (2015). "Efficacy and safety of paracetamol for spinal pain and osteoarthritis." The BMJ, 350, h1225.
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.