Syndrome de Hoffa : douleur sous la rotule, test et traitement
Le syndrome de Hoffa est une douleur à l'avant du genou, juste sous la rotule, qui vient du coussinet de graisse situé derrière le tendon rotulien : le corps adipeux de Hoffa, ou "fat pad" en anglais. La douleur augmente typiquement quand tu tends complètement le genou. La prise en charge repose d'abord sur la rééducation : décharger la zone, éviter l'hyperextension, puis renforcer progressivement.
Voici comment le reconnaître, ce que vaut le test de Hoffa, comment le distinguer des autres douleurs sous la rotule et comment se déroule la rééducation.
Le corps de Hoffa (fat pad du genou), c'est quoi ?
Le corps adipeux de Hoffa est un coussinet de graisse placé à l'avant du genou. Il remplit l'espace entre la rotule, le tendon rotulien, le fémur et le tibia. Il est situé dans la capsule de l'articulation, mais en dehors de la membrane synoviale.
Ce n'est pas un simple rembourrage. Une revue le décrit comme une structure richement vascularisée et innervée, avec des fibres nerveuses impliquées dans la douleur (Dragoo et al., 2012). Une expérience célèbre l'illustre : un chirurgien s'est fait palper l'intérieur des deux genoux sous arthroscopie, sans anesthésie de l'articulation. Le cartilage de la rotule ne donnait aucune sensation, alors que le fat pad, la synoviale antérieure et la capsule donnaient une douleur vive et bien localisée (Dye et al., 1998).
Son rôle exact reste mal connu. Il participerait à la mécanique du genou et servirait de réserve de cellules après une blessure (Dragoo et al., 2012).
On parle de syndrome de Hoffa (ou maladie de Hoffa) quand ce coussinet devient douloureux parce qu'il est irrité, enflammé ou pincé, le plus souvent entre la rotule et le tibia quand le genou se tend.
Les symptômes du syndrome de Hoffa
Les signes qui doivent faire penser au fat pad :
- Une douleur sous la rotule, de part et d'autre du tendon rotulien, parfois décrite comme une brûlure ou une douleur sourde.
- Une douleur en fin d'extension : tendre la jambe à fond, se tenir debout genoux verrouillés.
- Une gêne en descente d'escalier ou en marche rapide, quand le genou se tend à chaque pas.
- Un aspect gonflé sous la rotule, de chaque côté du tendon, plutôt qu'un gros genou gonflé en entier.
La revue de Dragoo décrit une douleur sous la rotule, à type de brûlure ou de douleur sourde, souvent reproduite à l'examen par des manœuvres qui pincent le fat pad (Dragoo et al., 2012).
Ces signes orientent, mais aucun n'est spécifique. Une tendinopathie rotulienne ou un syndrome fémoro-patellaire peuvent donner une douleur proche. Seul un examen clinique permet de faire la part des choses : cet article ne remplace pas un bilan.
Le test de Hoffa : comment il se fait et ce qu'il vaut
Le test de Hoffa se fait allongé, genou plié. L'examinateur appuie avec les pouces de chaque côté du tendon rotulien, juste sous la rotule, puis te demande de tendre la jambe. Le test est dit positif si cette extension reproduit ta douleur habituelle sous la rotule.
Ce qu'il faut savoir sur sa valeur :
- Il n'existe pas d'étude solide mesurant sa fiabilité pour diagnostiquer un syndrome de Hoffa. Les chiffres de sensibilité et de spécificité qui circulent en ligne ne reposent pas sur des données publiées que j'ai pu retrouver.
- Il peut être positif sans aucune douleur au quotidien. Dans une petite étude japonaise, 17 jeunes adultes sur 44, tous en bonne santé, avaient un test de Hoffa positif (Komatsu, 2026). Une gêne à la pression n'est donc pas un diagnostic.
En pratique, le test n'a de valeur que s'il reproduit ta douleur, et s'il s'intègre dans un ensemble : localisation, gestes qui déclenchent, examen du tendon et de la rotule.
Hoffa, tendinopathie rotulienne ou syndrome fémoro-patellaire ?
Ce sont les trois causes les plus discutées devant une douleur à l'avant du genou. Elles peuvent coexister. Le tableau ci-dessous donne des tendances cliniques, pas des règles.
| Repère | Syndrome de Hoffa | Tendinopathie rotulienne | Syndrome fémoro-patellaire |
|---|---|---|---|
| Où ça fait mal | Sous la rotule, de chaque côté du tendon | Sur le tendon, à la pointe de la rotule | Autour ou derrière la rotule, souvent diffus |
| Ce qui déclenche | Genou tendu à fond, debout genoux verrouillés | Sauts, réceptions, charge rapide | Accroupi, escaliers, assis longtemps genoux pliés |
| Profil fréquent | Recurvatum, suites de chirurgie du genou | Sports de saut | Coureurs, adolescents, hausse de charge |
Pour les deux autres, lis syndrome fémoro-patellaire : la douleur au genou la plus fréquente et tendinopathie du sportif : comprendre les 3 stades. Chez l'adolescent, une douleur sur la bosse du tibia évoque plutôt une maladie d'Osgood-Schlatter. Un gonflement en avant de la rotule, après agenouillement, évoque une bursite pré-patellaire.
Dans ma pratique de kiné, la distinction se fait surtout sur la localisation précise et sur le geste qui déclenche. Quand la douleur est sous la rotule, à côté du tendon, et qu'elle arrive en fin d'extension plutôt qu'en flexion chargée, le fat pad fait partie des pistes à examiner.
Causes et facteurs favorisants
Les mécanismes décrits sont de trois types (Dragoo et al., 2012) :
- Le pincement répété du fat pad entre la rotule et le tibia, en hyperextension.
- Un traumatisme, comme un choc direct sur l'avant du genou.
- Une chirurgie du genou, comme une arthroscopie ou une reconstruction du ligament croisé, qui peut laisser une inflammation ou une fibrose du fat pad.
Une revue systématique de 2023 a cherché quels facteurs prédisposent au syndrome de Hoffa à partir de l'imagerie (Abelleyra Lastoria et al., 2023). Trois éléments étaient associés : une rotule haute (patella alta), une tubérosité tibiale plus déportée en dehors (distance TA-GT augmentée), et une trochlée de forme particulière. En revanche, l'âge et l'indice de masse corporelle n'étaient pas associés. Pour le sport, l'origine ethnique ou l'alignement, les données manquaient.
Le recurvatum, ces genoux qui se tendent au-delà de la ligne droite, est souvent cité comme facteur favorisant. Il est logique sur le plan mécanique et il fait partie des consignes classiques (Dragoo et al., 2012), mais il n'a pas été confirmé par des études dédiées.
IRM et échographie : quand sont-elles utiles ?
Le diagnostic est d'abord clinique. L'IRM en coupe sagittale est l'examen le plus utilisé pour voir le fat pad : œdème, inflammation, fibrose, ou plus rarement une masse (Dragoo et al., 2012).
Attention à une confusion fréquente sur les comptes rendus. L'œdème de la partie supéro-externe du Hoffa (en anglais "superolateral Hoffa fat pad edema") est une image liée à la position de la rotule. Une méta-analyse retrouve qu'il est associé à une rotule plus haute, plus inclinée et plus déportée en dehors (Kim et Lee, 2020). Il n'est pas toujours douloureux et ne résume pas à lui seul un syndrome de Hoffa.
L'imagerie se discute avec le médecin, surtout si la douleur ne s'améliore pas avec la rééducation, s'il existe un gonflement important, un blocage, ou des antécédents de chirurgie du genou.
Le traitement du syndrome de Hoffa : par étapes et par critères
Un point d'honnêteté d'abord. La revue systématique de 2023 n'a retrouvé aucune étude évaluant un traitement du syndrome de Hoffa (Abelleyra Lastoria et al., 2023). Les recommandations reposent donc sur des revues d'experts et sur le raisonnement clinique. La revue de Dragoo indique que la kinésithérapie suffit souvent, avec du taping pour décharger le fat pad, des exercices du quadriceps en chaîne fermée, le travail du moyen fessier, l'apprentissage de la marche et l'évitement de l'hyperextension (Dragoo et al., 2012).
Voici comment cela se traduit en étapes. Ton kiné adapte le contenu et la dose à ton bilan.
Étape 1 : calmer et décharger
Objectif : que la douleur cesse d'être réveillée à chaque pas.
- Arrêter de verrouiller les genoux en position debout : garder une légère flexion.
- Éviter temporairement les extensions complètes contre charge, comme la machine à quadriceps jusqu'à la fin du mouvement.
- Taping de décharge : un strapping posé sous la rotule pour raccourcir et décharger le fat pad (Dragoo et al., 2012). Il soulage parfois rapidement. C'est un outil temporaire.
- Garder une activité qui ne réveille pas la douleur : vélo, natation, marche adaptée.
Critères pour passer à l'étape 2 : douleur au repos absente ou faible, marche quotidienne tolérée, gonflement stable.
Étape 2 : renforcer sans pincer
Objectif : redonner de la force au quadriceps et aux hanches sans passer par l'hyperextension douloureuse.
- Squat partiel et presse, dans une amplitude qui ne déclenche pas la douleur.
- Montée de marche, fentes courtes, travail sur une jambe.
- Renforcement du moyen fessier : abduction couchée sur le côté, pas latéraux avec élastique.
- Contrôle du genou sur une jambe, devant un miroir, pour éviter qu'il parte en dedans ou en hyperextension.
La charge augmente quand l'exercice devient facile. Une douleur modérée pendant l'exercice est acceptable si elle revient à son niveau de départ dans les 24 heures et si le gonflement n'augmente pas.
Critères pour passer à l'étape 3 : exercices de force tolérés sans hausse de douleur le lendemain, escaliers sans douleur ou presque, extension complète du genou indolore sans charge.
Étape 3 : réintroduire l'extension et le sport
Objectif : retrouver une extension complète non douloureuse et revenir à tes activités.
- Réintroduire progressivement les derniers degrés d'extension contre charge.
- Reprendre la course ou les sauts par paliers, en surveillant la réaction du genou sur 24 heures.
- Garder le taping au besoin les premières séances, puis l'arrêter.
Critères de reprise complète : pas de douleur pendant ni après l'activité habituelle, force comparable des deux côtés aux tests, gestes de ton sport réalisés sans appréhension.
Dans ma pratique de kiné, la consigne qui change le plus vite les choses est souvent la plus simple : arrêter de se tenir debout genoux verrouillés en arrière. C'est une habitude que beaucoup de personnes ne remarquent pas, et qui entretient la douleur toute la journée.
Si tu cours, lis aussi douleur au genou en courant : les causes et comment y remédier. Les soins proposés au cabinet sont détaillés sur la page soins.
Infiltration et opération : quand en parle-t-on ?
Ces options relèvent du médecin et du chirurgien. La revue de Dragoo cite des injections dans le fat pad, explorées avec succès, et des interventions par arthroscopie pour les cas qui résistent à la rééducation (Dragoo et al., 2012).
Dans une série de 34 personnes opérées par arthroscopie pour un syndrome de Hoffa isolé, après en moyenne 10 mois de symptômes, la plupart ont retrouvé leur niveau d'activité antérieur, avec un meilleur résultat quand les symptômes duraient depuis moins longtemps (Kumar et al., 2007). Il s'agit d'une série sans groupe témoin : elle montre que l'opération est une option, pas qu'elle fait mieux qu'une autre prise en charge. Le choix appartient au chirurgien, avec toi.
Les signes qui doivent faire consulter rapidement
Une douleur de fat pad n'empêche pas de marcher et ne donne pas de fièvre. Consulte rapidement un médecin si :
- Le genou est chaud, rouge, gonflé avec de la fièvre : une infection doit être éliminée en urgence.
- Le genou a gonflé en quelques heures après un traumatisme ou une torsion.
- Le genou se bloque et ne peut plus se tendre ou se plier.
- Une masse apparaît ou grossit sous la rotule.
- La douleur réveille la nuit de façon inexpliquée, avec fatigue ou perte de poids.
Pour les autres situations, voir quand consulter : les signes d'urgence.
FAQ
Qu'est-ce que le test de Hoffa ?
Allongé, genou plié, l'examinateur appuie de chaque côté du tendon rotulien, juste sous la rotule, puis te demande de tendre la jambe. Il est positif s'il reproduit ta douleur habituelle. Sa fiabilité n'a pas été mesurée par des études solides, et il peut être positif chez des personnes sans douleur. Il ne vaut que dans un examen complet.
Qu'est-ce que le fat pad du genou ?
Le fat pad, ou corps adipeux de Hoffa, est le coussinet de graisse situé sous la rotule, derrière le tendon rotulien. Il est très innervé, ce qui explique qu'il puisse être une source de douleur quand il est irrité ou pincé. On parle de syndrome de Hoffa quand il devient douloureux, typiquement quand le genou se tend complètement.
Combien de temps dure un syndrome de Hoffa ?
Aucune étude ne donne de durée fiable. L'évolution dépend de l'ancienneté de la douleur, de ce qui l'entretient au quotidien et de la régularité de la rééducation. La progression se juge sur des critères : douleur au quotidien, escaliers, extension complète indolore, tolérance au sport. Si rien ne bouge après plusieurs semaines bien suivies, il faut réévaluer le diagnostic avec le médecin.
Peut-on courir avec un syndrome de Hoffa ?
Souvent oui, en adaptant. Si la douleur reste modérée pendant la course et revient à son niveau habituel dans les 24 heures, tu peux continuer en réduisant le volume et en évitant les descentes. Si elle augmente d'une sortie à l'autre ou fait boiter, passe temporairement au vélo ou à la natation et fais faire un bilan.
Quelle différence avec une tendinopathie rotulienne ?
La tendinopathie rotulienne fait mal sur le tendon lui-même, surtout à la pointe de la rotule, lors des sauts et des efforts chargés. Le syndrome de Hoffa fait mal de chaque côté du tendon, surtout quand le genou se tend complètement. Les deux peuvent coexister, et seul l'examen clinique permet de les distinguer.
Faut-il opérer un syndrome de Hoffa ?
La rééducation est la première étape. Une opération par arthroscopie peut être discutée par le chirurgien quand la douleur persiste malgré une prise en charge bien conduite, ou en cas de fibrose après une chirurgie du genou. Les données disponibles sont des séries de cas, sans comparaison directe avec la rééducation.
Pour aller plus loin
- Syndrome fémoro-patellaire : la douleur au genou la plus fréquente
- Tendinopathie du sportif : comprendre les 3 stades
- Syndrome rotulien : comprendre et traiter la douleur au genou
- Bursite pré-patellaire : le genou qui gonfle après agenouillement
- Rupture du LCA : tout savoir sur la rééducation et le retour au sport
- Soins proposés au cabinet
Références
- Abelleyra Lastoria, D.A., et al. (2023). "Predisposing factors for Hoffa's fat pad syndrome: a systematic review." Knee Surgery & Related Research, 35(1), 17.
- Dragoo, J.L., et al. (2012). "Evaluation and treatment of disorders of the infrapatellar fat pad." Sports Medicine, 42(1), 51-67.
- Dye, S.F., et al. (1998). "Conscious neurosensory mapping of the internal structures of the human knee without intraarticular anesthesia." American Journal of Sports Medicine, 26(6), 773-777.
- Kim, J.H., Lee, S.K. (2020). "Superolateral Hoffa Fat Pad Edema and Patellofemoral Maltracking: Systematic Review and Meta-Analysis." American Journal of Roentgenology, 215(3), 545-558.
- Komatsu, Y. (2026). "Hoffa's Test-Positive Knees Exhibit Increased Stiffness in the Lateral Region of the Infrapatellar Fat Pad: A Shear Wave Elastography Study." Cureus, 18(3), e105084.
- Kumar, D., et al. (2007). "Impingement of infrapatellar fat pad (Hoffa's disease): results of high-portal arthroscopic resection.%3A%20results%20of%20high-portal%20arthroscopic%20resection)" Arthroscopy, 23(11), 1180-1186.
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.