Ondes de choc en kinésithérapie : ce que la science dit vraiment
Ton kiné te propose des ondes de choc pour ta tendinite. Tu as entendu que ça marche. Tu as aussi entendu que ça fait mal et que c'est cher. Tu veux savoir si ça vaut le coup.
Les ondes de choc extracorporelles (ESWT, Extracorporeal Shockwave Therapy) sont utilisées en appareil locomoteur depuis les années 1990 (Surace et al., 2020). Le verdict n'est pas noir ou blanc : ça dépend de la pathologie, du stade et du protocole.
Comment ça marche
Les ondes de choc sont des ondes acoustiques de haute énergie transmises à travers la peau vers les tissus cibles. Deux types existent :
Ondes de choc focales : concentrées sur un point précis. Énergie plus élevée, pénétration plus profonde. Utilisées notamment pour les calcifications. Plus douloureuses. Appareil coûteux.
Ondes de choc radiales (RSWT) : dispersées sur une zone plus large. Énergie modérée, action plus superficielle. Utilisées pour les tendinopathies superficielles. Moins douloureuses. Appareil plus accessible.
Les mécanismes d'action
- Néovascularisation : chez l'animal, les ondes de choc stimulent la formation de nouveaux vaisseaux à la jonction tendon-os (Wang et al., 2003, étude chez le lapin)
- Libération de facteurs de croissance : hypothèse issue des études de laboratoire, pour stimuler la réparation tissulaire
- Désensibilisation nociceptive : les ondes de choc modifieraient la transmission des signaux douloureux localement
- Fragmentation des calcifications : pour les tendinites calcifiantes, les ondes focales visent à fragmenter les dépôts de calcium
Ces mécanismes restent en grande partie théoriques chez l'humain. Ce qui compte pour toi, ce sont les résultats cliniques.
L'évidence par pathologie
Tendinite calcifiante de l'épaule : MODÉRÉ, DÉBATTU
C'est l'indication historique. Dans l'essai de Gerdesmeyer et al. (2003, JAMA), 144 patients avec une calcification chronique de l'épaule : les ondes de choc à haute et à basse énergie ont amélioré la fonction de l'épaule à 6 mois davantage qu'un traitement simulé. Albert et al. (2007, Journal of Bone and Joint Surgery) trouvent aussi une amélioration des symptômes avec la haute énergie, mais la calcification reste de taille inchangée chez la majorité des patients (résorption totale ou subtotale chez 15 % d'entre eux).
La revue Cochrane de Surace et al. (2020) nuance fortement : sur 32 essais, les bénéfices cliniquement importants par rapport au placebo sont rares, avec des preuves de certitude faible à modérée et des protocoles très hétérogènes.
Pour aller plus loin sur cette pathologie : Tendinite calcifiante de l'épaule.
Verdict : option de 2e intention, à discuter après échec d'une rééducation bien conduite. Le bénéfice attendu est modeste et variable.
Fasciite plantaire chronique : MODÉRÉ
Pour la fasciite plantaire, la méta-analyse de Charles et al. (2023) retrouve un effet des ondes de choc sur la douleur et la fonction à court et à long terme. Face à d'autres traitements (infiltration, laser, traitement conservateur), l'effet reste petit et peu concluant.
À l'inverse, en traitement initial d'une fasciite récente (moins de 6 semaines), l'étirement spécifique du fascia plantaire a fait mieux que les ondes de choc radiales à 2 et 4 mois dans l'essai de Rompe et al. (2010).
Verdict : à envisager quand la douleur persiste malgré un renforcement progressif et des étirements spécifiques, pas en première intention.
Tendinopathie d'Achille : MODÉRÉ
La revue de Mani-Babu et al. (2015, American Journal of Sports Medicine) retrouve des preuves modérées que les ondes de choc font mieux que le renforcement excentrique sur la tendinopathie d'Achille d'insertion, et aussi bien sur la portion moyenne du tendon. Les études sont petites et de qualité méthodologique limitée. La méta-analyse plus récente de Charles et al. (2023) conclut à un effet faible et peu concluant face à l'excentrique.
Verdict : complément possible au renforcement, surtout pour l'insertion. Jamais en remplacement de l'exercice.
Épicondylalgie latérale (tennis elbow) : FAIBLE
La revue Cochrane de Buchbinder et al. (2005), sur 9 essais contre placebo et 1 006 participants, conclut que les ondes de choc apportent peu ou pas de bénéfice sur la douleur et la fonction dans l'épicondylite.
Verdict : pas recommandé en première intention. Le renforcement progressif reste la base.
Tendinopathie rotulienne : FAIBLE
Dans la méta-analyse de Charles et al. (2023), à court terme, les ondes de choc (seules ou ajoutées à l'excentrique) ont un effet négligeable par rapport au placebo. Le renforcement progressif du tendon reste le socle du traitement.
Verdict : pas un traitement de première ligne.
Syndrome myofascial / trigger points : FAIBLE
Les ondes de choc radiales sur les trigger points donnent des résultats variables, dans des études de faible qualité méthodologique. Pas de quoi en faire un traitement de référence.
Ondes de choc vs exercice
Le point crucial : les ondes de choc ne remplacent pas l'exercice. Le renforcement progressif reste le traitement de base des tendinopathies.
| Pathologie | Place des ondes de choc |
|---|---|
| Tendinite calcifiante épaule | Option de 2e intention, bénéfice modeste |
| Fasciite plantaire chronique | Complément si échec des étirements et du renforcement |
| Tendinopathie d'Achille | Complément possible, surtout à l'insertion |
| Épicondylalgie latérale | Peu ou pas de bénéfice |
| Tendinopathie rotulienne | Effet négligeable contre placebo |
Les ondes de choc sont un complément de l'exercice, pas un remplacement. Utilisées seules, sans programme d'exercice, elles ne traitent pas la cause.
Le protocole
Il n'existe pas de protocole standard : la revue Cochrane de Surace et al. (2020) souligne justement l'hétérogénéité des doses et des schémas. Dans les essais cités, on retrouve le plus souvent 2 à 3 séances espacées d'1 à 2 semaines (Gerdesmeyer et al., 2003 ; Rompe et al., 2010).
Ça fait mal. Les ondes de choc sont désagréables, surtout les focales à haute énergie. La séance est ajustée à ta tolérance. Une douleur transitoire et une rougeur locale font partie des effets indésirables les plus rapportés (Buchbinder et al., 2005).
Ce qu'il faut éviter
- Ondes de choc sur une rupture tendineuse : contre-indiqué. Les ondes de choc sont pour les tendinopathies chroniques, pas les ruptures
- Ondes de choc sur une infection : contre-indiqué
- Ondes de choc sur une tumeur : contre-indiqué
- Ondes de choc sur les cartilages de croissance (enfant) : contre-indiqué
- Ondes de choc en phase aiguë : pas indiqué. Le traitement conservateur standard passe d'abord
- Ondes de choc comme traitement unique : toujours associer à un programme d'exercice
Le coût
Les ondes de choc ne font pas partie des actes de kinésithérapie pris en charge par l'Assurance maladie. Demande le tarif avant de commencer. Le rapport coût/bénéfice est meilleur quand l'indication est solide (fasciite plantaire chronique résistante, tendinite calcifiante après échec de la rééducation) que pour les pathologies où l'exercice seul fait aussi bien.
Ce qu'il faut retenir
Les ondes de choc ont leurs meilleures données dans la fasciite plantaire chronique et, de façon plus débattue, dans la tendinite calcifiante de l'épaule. Pour les autres tendinopathies, elles sont au mieux un complément après échec d'un renforcement bien conduit. Elles ne remplacent jamais l'exercice. Il n'y a pas de protocole standard, et elles ne sont pas remboursées.
Pour aller plus loin
- Choisir son kiné : le guide pour ne pas perdre son temps
- Combien de séances de kiné faut-il pour guérir ?
- Combien coûte un kinésithérapeute : le guide complet du patient
- Tendinopathie du sportif : symptômes, traitement et reprise
FAQ
Les ondes de choc font-elles vraiment mal ?
Oui, pendant la séance, surtout avec les ondes focales à haute énergie. L'intensité est ajustée à ta tolérance. Une douleur transitoire ou une rougeur après la séance font partie des effets indésirables les plus fréquents.
Combien de séances faut-il ?
Il n'y a pas de nombre standard. Dans les essais, on retrouve le plus souvent 2 à 3 séances espacées d'1 à 2 semaines. Si rien ne bouge après quelques séances, fais le point avec ton kiné.
Les ondes de choc suffisent-elles sans exercice ?
Non. Les ondes de choc sans programme d'exercice associé ne traitent pas la cause. Le renforcement progressif est le traitement de base de toute tendinopathie. Les ondes de choc sont un complément. Si tu n'as pas d'exercices à faire, demande-les à ton kiné.
Les ondes de choc sont-elles remboursées ?
Non. Elles ne font pas partie des actes de kinésithérapie pris en charge par l'Assurance maladie. Demande le tarif avant de commencer.
Références
- Albert JD, et al. (2007). "High-energy extracorporeal shock-wave therapy for calcifying tendinitis of the rotator cuff: a randomised trial." Journal of Bone and Joint Surgery (British Volume), 89(3), 335-341. PMID 17356145
- Buchbinder R, et al. (2005). "Shock wave therapy for lateral elbow pain." Cochrane Database of Systematic Reviews, CD003524. PMID 16235324
- Charles R, et al. (2023). "The effectiveness of shockwave therapy on patellar tendinopathy, Achilles tendinopathy, and plantar fasciitis: a systematic review and meta-analysis." Frontiers in Immunology, 14, 1193835. PMID 37662911
- Gerdesmeyer L, et al. (2003). "Extracorporeal shock wave therapy for the treatment of chronic calcifying tendonitis of the rotator cuff: a randomized controlled trial." JAMA, 290(19), 2573-2580. PMID 14625334
- Mani-Babu S, et al. (2015). "The effectiveness of extracorporeal shock wave therapy in lower limb tendinopathy: a systematic review." American Journal of Sports Medicine, 43(3), 752-761. PMID 24817008
- Rompe JD, et al. (2010). "Plantar fascia-specific stretching versus radial shock-wave therapy as initial treatment of plantar fasciopathy." Journal of Bone and Joint Surgery (American Volume), 92(15), 2514-2522. PMID 21048171
- Surace SJ, et al. (2020). "Shock wave therapy for rotator cuff disease with or without calcification." Cochrane Database of Systematic Reviews, 3, CD008962. PMID 32128761
- Wang CJ, et al. (2003). "Shock wave therapy induces neovascularization at the tendon-bone junction. A study in rabbits." Journal of Orthopaedic Research, 21(6), 984-989. PMID 14554209
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.