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avec Marie-Caroline Mulot
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Marie-Caroline Mulot pratique les arts aériens depuis plus de 10 ans et applique un seul principe hérité du soin : d'abord, ne pas nuire. Cerceau, tissu, hammock, pole, et depuis peu l'escalade, elle a tout appris en grande partie seule jusqu'au niveau national. Elle raconte comment décortiquer un mouvement pour franchir un palier sans se blesser, ce que son mentor Kim Langlet a débloqué chez elle, et pourquoi elle refuse certaines figures même en compétition.
Les arts aériens restent une discipline méconnue du grand public sportif. Tissu aérien, cerceau (lyra), AMC (appareils de mesure corporelle) : des activités qui demandent une force de traction, une mobilité et une coordination neuromusculaire que peu de pratiquants de fitness ont développées.
Marie-Caroline Mulot est fondatrice de Spin and Fly, un studio dédié aux arts aériens. Dans cet épisode de SequoiaLab, elle raconte comment elle a construit sa pratique, les défis physiques spécifiques de ces disciplines, et comment préparer et entretenir un corps capable d'évoluer dans les airs sans se blesser.
Marie-Caroline Mulot a créé Spin and Fly, un studio de sports aériens. Sa pratique couvre le tissu aérien (longues bandes de tissu sur lesquelles on grimpe, s'enroule et réalise des figures), le cerceau ou lyra (cercle métallique suspendu), et l'AMC (appareils de mesure corporelle, terme générique pour plusieurs agrès de cirque).
Ce sont des disciplines exigeantes physiquement : force de traction (les bras portent le poids du corps), gainage (stabilisation du tronc en suspension), mobilité (amplitude articulaire des épaules, des hanches, de la colonne), et endurance de force (maintenir des positions sous charge). Elles sont aussi mentalement exigeantes : le travail en hauteur impose une gestion du vertige et de la peur qui ressemble à ce que décrit Pierre Manzo pour les arts martiaux.
Les arts aériens exigent un corps préparé, pas seulement entraîné. La différence : la préparation est anticipatrice et préventive, l'entraînement est réactif et spécifique. Pousser son corps dans ces disciplines sans le casser nécessite une base de force et de mobilité construite progressivement, un entretien rigoureux des structures passives (tendons, ligaments d'épaule) et une écoute fine des signaux de fatigue et de surcharge.
Marie-Caroline Mulot identifie la force de traction comme le prérequis absolu de toute pratique sérieuse en arts aériens. Il ne s'agit pas de faire une traction (pull-up) pour la forme : il s'agit de contrôler la montée, la descente et le maintien en suspension avec une stabilité suffisante pour réaliser des figures complexes.
Pour les pratiquants qui viennent de disciplines de poussée (musculation classique, running), la transition vers la traction est souvent un révélateur de déséquilibres musculaires importants. Les muscles de la traction (grand dorsal, biceps, trapèzes inférieurs) sont sous-développés par rapport aux muscles de poussée chez beaucoup de personnes qui se pensent en bonne condition physique.
Pour un kiné, ce déséquilibre est cliniquement familier : il se retrouve dans les pathologies d'épaule des pratiquants de musculation qui négligent les exercices de dos. Les arts aériens corrigent ce déséquilibre de manière radicale.
Un point que Marie-Caroline Mulot souligne avec insistance : la mobilité d'épaule est à la fois un prérequis de la pratique et sa principale zone de risque. En tissu aérien, les épaules sont sollicitées en amplitude maximale, sous charge, dans des positions qui exigent une centrage articulaire parfait.
Sans mobilité suffisante, les positions forcées en tissu créent des compressions sous-acromiales, des irritations tendineuses et, à terme, des tendinopathies de la coiffe des rotateurs. Marie-Caroline Mulot intègre dans ses cours un travail de mobilité d'épaule systématique, avant et après les séances.
C'est une pratique que le kinésithérapeute peut soutenir et prescrire pour ses patients pratiquants d'arts aériens : bilan de mobilité gléno-humérale et scapulaire, et programme de mobilisation préventive.
L'épisode aborde un aspect moins tangible mais important : le rapport au corps que les arts aériens développent. Évoluer en suspension, sentir chaque tension musculaire, gérer l'appréhension de la hauteur et apprendre à faire confiance à son corps dans des positions inconfortables : tout cela construit une proprioception et une conscience corporelle que les disciplines au sol développent moins.
Ce rapport au corps rejoint ce que Pierre Favrel observe en cabinet : les pratiquants de disciplines exigeantes en conscience corporelle (arts martiaux, danse, arts aériens, Pilates) ont généralement une meilleure capacité à localiser et décrire leurs douleurs et compensations. Cela facilite la rééducation.
Marie-Caroline Mulot décrit les défis de construire un studio spécialisé dans une discipline que beaucoup ne connaissent pas : comment communiquer sur des sports peu visibles, comment attirer des débutants qui n'ont jamais imaginé s'essayer au tissu aérien, et comment fidéliser une communauté dans un contexte économique difficile pour les petites structures sportives.
L'entrepreneuriat dans le sport de niche est un sujet que SequoiaLab explore souvent : comment vivre de sa passion pour une discipline exigeante et peu médiatisée ? La réponse de Marie-Caroline Mulot est pragmatique : ancrage local fort, pédagogie accessible, diversification des offres (cours débutants, cours avancés, stages ponctuels).
L'épisode finit sur la longévité. Comment continuer à pratiquer des disciplines aussi exigeantes physiquement dans la durée ? Marie-Caroline Mulot est directe : cela passe par une écoute des signaux corporels que les jeunes pratiquants ont souvent du mal à respecter, et par une progressive réduction des figures les plus traumatisantes à mesure que la carrière avance.
Elle évoque aussi la reconversion progressive de certains pratiquants vers l'enseignement : une manière de rester dans la discipline sans soumettre le corps à des contraintes maximales indéfiniment.
Les arts aériens génèrent un profil de blessure spécifique que le kinésithérapeute doit connaître pour accompagner cette population. Les pathologies les plus fréquentes : tendinopathies de la coiffe des rotateurs (surcharge en élévation et en traction), syndromes de conflit sous-acromial, tendinopathies de l'épicondyle latéral (liées aux enroulements en pronation dans le tissu), et lombalgies par surcharge en hyperextension (figures de cambrure).
La prévention kinésithérapeutique passe par : un bilan de mobilité gléno-humérale et de force des rotateurs internes et externes de l'épaule avant la pratique, un programme de renforcement spécifique des stabilisateurs scapulaires (serratus anterior, trapèze inférieur), et une éducation à la reconnaissance des signaux précoces de tendinopathie d'épaule (douleur nocturne, douleur à la palpation du tendon supra-épineux, diminution de la force en rotation externe).
Pour les pratiquants déjà installés qui viennent en consultation, la gestion de la tendinopathie de coiffe passe par un programme de renforcement excentrique, une réduction temporaire des charges maximales, et une progression de la reprise des figures les plus sollicitantes.
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