Rééducation après prothèse de genou : étapes, flexion et séances
Après une prothèse totale de genou, la rééducation se fait en général en 3 étapes : retrouver l'extension et la flexion, puis renforcer le quadriceps, puis reprendre les activités. Il faut compter plusieurs mois, et les progrès continuent souvent jusqu'à un an. L'Assurance maladie retient 25 séances de kiné comme prise en charge habituelle, et l'objectif de flexion le plus cité est d'environ 110°.
Voici les étapes, les critères pour passer de l'une à l'autre et les repères chiffrés.
Le bilan kiné après une prothèse de genou
La rééducation commence par un bilan. C'est lui qui fixe les objectifs et permet de mesurer les progrès. La Haute Autorité de santé propose une fiche de bilan type pour le suivi après prothèse totale de genou (HAS, 2008). On y retrouve :
- La douleur au repos, à la marche et dans les escaliers.
- Le gonflement, mesuré par le tour du genou et du mollet.
- La mobilité : flexion et extension, en degrés.
- La force du quadriceps, comparée à l'autre côté.
- La marche : distance, aides techniques, test de 6 minutes.
- Les activités : escaliers, se relever d'une chaise, équilibre sur une jambe, enfiler chaussettes et chaussures, s'accroupir.
- Le test Timed Up and Go : se lever d'une chaise, marcher 3 mètres, faire demi-tour et se rasseoir, chronométré.
Apporte au kiné le compte rendu opératoire. La HAS recommande qu'il précise le type de prothèse, les gestes associés, les amplitudes envisageables et les consignes du chirurgien (appui, mobilité autorisée). Le kiné refait ces mesures régulièrement : ce sont elles qui décident du passage d'une étape à la suivante, pas la date.
Combien de séances de kiné après une prothèse de genou ?
La nomenclature de l'Assurance maladie fixe une prise en charge habituelle de 1 à 25 séances après une prothèse totale ou unicompartimentaire (partielle) du genou. À partir de la 26e séance, le kiné doit demander un accord préalable (guide NGAP, Assurance maladie, 2025).
Le rythme est plus soutenu au début, souvent 2 à 3 séances par semaine, puis s'espace quand tu maîtrises tes exercices. La HAS recommande aussi que le médecin traitant prescrive 10 séances avant l'opération, pour préparer le genou et apprendre les exercices (HAS, 2008).
Ce que montrent les études : une méta-analyse de 18 essais (1 739 personnes) retrouve un bénéfice de la kiné et des exercices sur la fonction et la douleur à 3-4 mois, par rapport à une prise en charge minimale. Elle ne trouve pas de différence entre les exercices supervisés en cabinet et les programmes à domicile bien suivis (Artz et al., 2015). Le travail que tu fais chez toi compte donc autant que les séances.
Pour les repères de fréquence par semaine, lis combien de séances de kiné faut-il.
Centre de rééducation ou retour à domicile ?
Après une prothèse totale de genou, la HAS considère que l'hospitalisation en centre n'est pas systématique. Le retour à domicile avec une rééducation en ville est envisageable si tu as un entourage disponible, un accès à un kiné, et si à la sortie tu remplis la plupart de ces critères (HAS, 2008) :
- Douleur au repos inférieure à 5 sur 10.
- Flexion active du genou d'au moins 70° à 80°.
- Marche d'au moins 30 mètres, avec ou sans aide.
- Transferts lit-fauteuil autonomes et escaliers selon les besoins du domicile.
Un essai randomisé de 165 personnes n'a pas trouvé de différence de mobilité à 6 mois entre 10 jours de rééducation en centre suivis d'un programme à domicile et le programme à domicile seul (Buhagiar et al., 2017). Pour comparer les options, lis kiné à domicile ou en cabinet.
Étape 1 : extension, flexion et marche sécurisée
Objectifs : calmer la douleur et le gonflement, obtenir l'extension complète, gagner de la flexion, réveiller le quadriceps et marcher en sécurité.
L'extension est la priorité oubliée. Un genou qui ne se tend pas complètement fait boiter et fatigue vite. La flexion se gagne progressivement, dans les limites fixées par le chirurgien.
Ce qu'on travaille :
- La mobilisation du genou en flexion et en extension, par le kiné puis par toi-même.
- Le verrouillage du genou : contracter le quadriceps pour tenir la jambe tendue.
- La marche avec cannes, puis les escaliers.
- La gestion du gonflement : jambe surélevée, froid, mouvements réguliers des chevilles.
Critères pour passer à l'étape 2 :
- Cicatrice propre et gonflement en baisse.
- Extension complète ou presque.
- Flexion d'au moins 90°.
- Jambe tendue soulevée sans que le genou plie.
- Marche sécurisée avec une ou deux cannes.
Flexion du genou après prothèse : 90°, 110°, 130° ?
C'est la question la plus fréquente. Une petite étude (20 personnes) a mesuré la flexion du genou nécessaire aux gestes du quotidien chez des personnes de 67 ans en moyenne (Rowe et al., 2000) :
| Activité | Flexion nécessaire |
|---|---|
| Marcher, marcher en pente | moins de 90° |
| Escaliers, s'asseoir et se relever d'une chaise | 90° à 120° |
| Entrer et sortir d'une baignoire | environ 135° |
Les auteurs retiennent 110° comme objectif de rééducation adapté. À 100°, la plupart des gestes courants sont possibles, avec un peu de gêne sur les chaises basses. À 130°, tu dépasses ce dont la vie quotidienne a besoin, mais toutes les prothèses ne le permettent pas.
Le repère le plus important est précoce. La HAS indique qu'une flexion inférieure à 90° à 4 semaines de l'opération justifie de revoir le chirurgien (HAS, 2008). Il peut alors proposer une adaptation, parfois une mobilisation sous anesthésie.
Dans ma pratique de kiné, la flexion progresse surtout quand les mobilisations sont faites plusieurs fois par jour, en séries courtes, plutôt qu'une longue séance douloureuse. Le vélo d'appartement est un bon repère : quand tu fais un tour complet de pédale sans tricher sur la selle, la flexion dépasse en général 100°.
Étape 2 : renforcer le quadriceps et marcher sans aide
Objectifs : retrouver la force du quadriceps, marcher sans canne et sans boiter, monter et descendre les escaliers en alternant les pieds.
Le quadriceps est le muscle clé. Dans une étude de suivi de 40 personnes, c'est la force qui chutait le plus après l'opération, elle n'a jamais rejoint celle de l'autre jambe pendant les 6 mois de suivi, et c'était la mesure la plus liée aux performances fonctionnelles (Mizner et al., 2005). Les exercices de renforcement doivent donc progresser en charge, pas rester légers pendant des mois.
Critères pour lâcher les cannes :
- Marche sans boiterie sur une dizaine de mètres.
- Genou qui se tend complètement à l'appui.
- Pas de gonflement qui augmente après la marche.
Critères pour passer à l'étape 3 :
- Marche sans aide sur les distances de la vie courante.
- Escaliers en alternant les pieds.
- Flexion d'environ 110° ou stable depuis plusieurs semaines.
- Gonflement stable après les exercices.
Étape 3 : reprendre les activités et le sport
Objectifs : retrouver l'endurance, l'équilibre et les activités qui comptent pour toi.
On augmente la charge, le travail sur une jambe et l'équilibre. La HAS recommande de travailler l'équilibre du bipodal vers l'unipodal, puis sur terrain varié, dans une logique de prévention des chutes (HAS, 2008). Pour comprendre pourquoi l'équilibre se dégrade après une chirurgie du genou, lis proprioception : pourquoi ton cerveau ne sait plus où est ton genou.
Pour le sport, une méta-analyse retrouve un retour au sport chez 36 % à 89 % des personnes après prothèse totale, plus souvent après prothèse partielle, avec un délai moyen d'environ 13 semaines pour les sports doux (Witjes et al., 2016). Les activités les plus reprises sont la marche, le vélo, la natation et le golf. Pour la course et les sports à pivots, la décision se prend avec le chirurgien. Le détail des critères est dans retour au sport après opération du genou.
Les exercices après prothèse de genou
Ce sont des exemples courants. Ton kiné choisit les tiens et la dose selon ton bilan et les consignes du chirurgien.
Étape 1 :
- Pompage des chevilles, plusieurs fois par jour.
- Contraction du quadriceps : allongé, écrase le creux du genou contre le lit.
- Talon posé sur un coussin, genou dans le vide, pour gagner l'extension.
- Glissement du talon vers les fesses, assis ou allongé, pour gagner la flexion.
- Jambe tendue soulevée, quand le verrouillage est acquis.
Étape 2 :
- Assis-debout depuis une chaise, sans les mains dès que possible.
- Montée et descente de marche, hauteur progressive.
- Squat partiel en appui sur un plan de travail.
- Vélo d'appartement, résistance légère puis progressive.
- Équilibre sur la jambe opérée, à côté d'un appui.
Étape 3 :
- Squat plus profond et fentes, avec charge progressive.
- Presse à cuisses ou extension de genou avec charge.
- Marche en terrain varié, montées et descentes.
- Exercices d'équilibre plus difficiles.
La douleur pendant l'exercice est acceptable si elle reste modérée et revient à son niveau de départ dans l'heure. Si le genou gonfle davantage le lendemain, on baisse la charge.
Côté appareils, la HAS recommandait en 2008 l'arthromoteur (mobilisation passive continue) et le froid. Une revue plus récente conclut que les appareils d'arthromoteur et de froid n'apportent pas de bénéfice démontré après prothèse de genou, alors que le pédalage, le renforcement et le travail d'équilibre sont prometteurs (Fortier et al., 2021). Le froid reste utile pour le confort, mais il ne remplace pas le mouvement.
Convalescence : combien de temps pour remarcher et récupérer ?
Remarcher. On se lève en général dès le lendemain, parfois le jour même, avec des cannes ou un déambulateur. La HAS retient une marche d'au moins 30 mètres comme critère de sortie (HAS, 2008). Lâcher les cannes prend ensuite quelques semaines, selon la force et l'extension.
Récupérer. Les premiers mois sont les plus difficiles : douleur, gonflement, raideur matinale. La fonction s'améliore nettement ensuite. Dans une grande étude canadienne, environ 1 personne sur 5 n'était pas satisfaite du résultat de sa prothèse à un an. Les attentes non atteintes étaient le premier facteur d'insatisfaction (Bourne et al., 2010). D'où l'intérêt de fixer des objectifs réalistes dès le bilan.
La douleur qui dure. Une revue systématique estime qu'environ 20 % des personnes gardent une douleur gênante à long terme après une prothèse de genou (Beswick et al., 2012). Ce n'est pas une fatalité. Il faut en parler au chirurgien pour chercher une cause, puis adapter la rééducation.
Dans ma pratique de kiné, les personnes qui récupèrent le mieux ne sont pas celles qui en font le plus en séance. Ce sont celles qui font leurs exercices un peu chaque jour, sans sauter de semaine, pendant plusieurs mois.
Prothèse partielle. Après une prothèse unicompartimentaire, la prise en charge de référence est la même (25 séances). Le retour au sport est plus fréquent qu'après prothèse totale (Witjes et al., 2016).
Les signes qui doivent te faire consulter
La HAS liste les signes qui doivent faire revoir le chirurgien (HAS, 2008) :
- Fièvre au-dessus de 38 °C.
- Douleur au repos qui augmente au lieu de diminuer.
- Chaleur ou rougeur du genou, cicatrice qui suinte ou se rouvre.
- Flexion inférieure à 90° à 4 semaines.
- Suspicion de phlébite (mollet gonflé, dur, douloureux) ou d'embolie pulmonaire (essoufflement brutal, douleur thoracique : appelle le 15).
Pour les autres situations qui demandent un avis médical, voir quand consulter : les signes d'urgence.
FAQ
Combien de séances de kiné après une prothèse de genou ?
L'Assurance maladie retient 1 à 25 séances comme prise en charge habituelle après une prothèse totale ou partielle du genou. Au-delà, le kiné demande un accord préalable. La HAS recommande aussi 10 séances avant l'opération. Le nombre réel dépend de ton bilan et de ta progression. Les exercices faits chez toi entre les séances comptent autant que les séances elles-mêmes.
Quelle flexion du genou viser après une prothèse ?
L'objectif le plus cité est d'environ 110°. Il permet la plupart des gestes du quotidien : escaliers, chaises, voiture. Marcher demande moins de 90°, s'asseoir sur une chaise basse ou entrer dans une baignoire demande plus. Une flexion inférieure à 90° à 4 semaines de l'opération doit être signalée au chirurgien, selon la HAS.
Combien de temps pour remarcher après une prothèse de genou ?
On se lève en général dès le lendemain de l'opération, avec des cannes ou un déambulateur. Le passage à une canne puis à la marche sans aide prend ensuite quelques semaines, selon la force du quadriceps, l'extension du genou et la douleur. Les critères comptent plus que la date : marcher sans boiter, genou tendu à l'appui, pas de gonflement qui augmente.
Combien de temps dure la convalescence après une prothèse de genou ?
Les premières semaines sont les plus difficiles, avec douleur, gonflement et raideur. La marche et les escaliers redeviennent en général normaux en quelques semaines à quelques mois. Le renforcement et les progrès continuent souvent jusqu'à un an. La durée varie beaucoup selon l'état avant l'opération, l'âge et la régularité des exercices.
Que contient le bilan kiné après une prothèse de genou ?
Le bilan mesure la douleur, le gonflement, la flexion et l'extension en degrés, la force du quadriceps, la marche et les activités du quotidien : escaliers, se relever d'une chaise, équilibre, s'habiller. La HAS propose une fiche type pour ce suivi. Ces mesures, refaites régulièrement, servent à décider du passage d'une étape à la suivante.
Est-ce normal d'avoir encore mal plusieurs mois après ?
Une gêne et un gonflement qui diminuent progressivement sont fréquents pendant les premiers mois. Une douleur qui augmente, avec fièvre, chaleur ou rougeur, doit faire consulter rapidement. Environ une personne sur cinq garde une douleur gênante à long terme. Dans ce cas, il faut en parler au chirurgien pour chercher une cause et adapter la prise en charge.
Pour aller plus loin
- Rééducation après prothèse de hanche : durée, séances et exercices
- Prothèse de genou : à quel âge et comment l'éviter
- Gonarthrose : le guide complet de l'arthrose du genou
- Retour au sport après opération du genou (autre que LCA)
- Soins proposés au cabinet
Références
- Artz, N., et al. (2015). "Effectiveness of physiotherapy exercise following total knee replacement: systematic review and meta-analysis." BMC Musculoskeletal Disorders, 16, 15.
- Beswick, A.D., et al. (2012). "What proportion of patients report long-term pain after total hip or knee replacement for osteoarthritis? A systematic review of prospective studies in unselected patients." BMJ Open, 2(1), e000435.
- Bourne, R.B., et al. (2010). "Patient satisfaction after total knee arthroplasty: who is satisfied and who is not?" Clinical Orthopaedics and Related Research, 468(1), 57-63.
- Buhagiar, M.A., et al. (2017). "Effect of Inpatient Rehabilitation vs a Monitored Home-Based Program on Mobility in Patients With Total Knee Arthroplasty: The HIHO Randomized Clinical Trial." JAMA, 317(10), 1037-1046.
- Fortier, L.M., et al. (2021). "Activity Recommendations After Total Hip and Total Knee Arthroplasty." Journal of Bone and Joint Surgery (Am), 103(5), 446-455.
- Mizner, R.L., et al. (2005). "Quadriceps strength and the time course of functional recovery after total knee arthroplasty." Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 35(7), 424-436.
- Rowe, P.J., et al. (2000). "Knee joint kinematics in gait and other functional activities measured using flexible electrogoniometry: how much knee motion is sufficient for normal daily life?" Gait & Posture, 12(2), 143-155.
- Witjes, S., et al. (2016). "Return to Sports and Physical Activity After Total and Unicondylar Knee Arthroplasty: A Systematic Review and Meta-Analysis." Sports Medicine, 46(2), 269-292.
- Haute Autorité de santé (2008). Critères de suivi en rééducation et d'orientation en ambulatoire ou en SSR après arthroplastie totale du genou. has-sante.fr
- Assurance maladie Auvergne-Rhône-Alpes (2025). Guide pratique de la NGAP en masso-kinésithérapie, mise à jour janvier 2025. PDF Assurance maladie
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.