Gainage : les exercices de core efficaces, par niveau, et les mythes à oublier
Le gainage (ou core training) entraîne les muscles du tronc à stabiliser la colonne et le bassin pendant que les bras et les jambes bougent. Les exercices les plus utiles ne sont pas forcément les plus longs : planche et planche latérale, dead bug, bird-dog, Pallof press et portés de charge couvrent l'essentiel, à condition de progresser. Le gainage aide la performance et la tolérance à l'effort, mais il ne protège pas à lui seul du mal de dos et ne fait pas perdre le ventre.
Voici les exercices classés par niveau, comment progresser, ce que dit la science sur le dos et le sport, et les mythes à oublier.
Le core, c'est quoi exactement ?
Le "core" désigne l'ensemble des muscles qui entourent la colonne lombaire et le bassin :
- Le grand droit de l'abdomen, les fameuses "tablettes".
- Les obliques interne et externe, sur les côtés.
- Le transverse de l'abdomen, la couche la plus profonde, qui forme une sorte de ceinture.
- Les muscles du dos : multifides et érecteurs du rachis.
- Le carré des lombes, sur le côté du bas du dos.
- Le diaphragme et le plancher pelvien, qui ferment le "cylindre" en haut et en bas.
- Les fessiers, qui relient le tronc aux jambes.
Kibler et ses collègues définissent la stabilité du core comme la capacité à contrôler la position et le mouvement du tronc au-dessus du bassin, pour produire, transférer et contrôler la force jusqu'aux bras et aux jambes (Kibler et al., 2006). Autrement dit, le core sert surtout de base stable et de relais de force, pas seulement à enrouler le buste.
C'est pour ça qu'on classe souvent les exercices de gainage selon le mouvement qu'ils empêchent :
- Anti-extension : résister à la cambrure (planche, dead bug, roulette).
- Anti-flexion latérale : résister à la bascule sur le côté (planche latérale, porté d'une seule charge).
- Anti-rotation : résister à la torsion (Pallof press, bird-dog).
Cette classification est un outil pratique d'entraînement. Elle n'est pas issue d'études comparatives, mais elle aide à couvrir toutes les directions.
Exercices de gainage et de core : le programme par niveau
Ces exercices sont des exemples. Ils ne remplacent pas un programme adapté à ta situation, surtout si tu as mal.
Niveau 1 : les bases
- Planche ventrale sur les avant-bras : corps aligné de la tête aux talons, fesses serrées, sans creuser le bas du dos.
- Planche latérale sur les genoux : appui sur l'avant-bras et le côté du genou, bassin haut.
- Dead bug : sur le dos, bras vers le plafond, hanches et genoux à 90°. Tu allonges un bras et la jambe opposée sans que le bas du dos décolle.
- Bird-dog : à quatre pattes, tu tends un bras et la jambe opposée sans tourner le bassin.
- Pont fessier : sur le dos, genoux fléchis, tu montes le bassin en serrant les fessiers.
Dans une étude d'électromyographie chez des adultes en bonne santé, la planche latérale sollicitait fortement l'oblique externe et le moyen fessier, et le bird-dog le grand fessier. La plupart des autres exercices au poids du corps restaient à un niveau d'activation plus adapté à l'endurance et au contrôle qu'au gain de force (Ekstrom et al., 2007).
Niveau 2 : résister au mouvement
- Planche latérale complète, sur les pieds.
- Pallof press : debout, un élastique fixé sur le côté, tu pousses les mains devant toi sans laisser le tronc tourner.
- Porté de charges (farmer carry) : tu marches avec une charge lourde dans chaque main, buste droit.
- Porté d'une seule charge (suitcase carry) : même chose avec une seule charge, sans pencher.
- Dead bug avec élastique ou charge légère.
Niveau 3 : intégrer et charger
- Roulette abdominale ou rollout sur ballon puis sur roue : exercice d'anti-extension exigeant.
- Planche avec tirage d'haltère : en appui sur les mains, tu tires un haltère sans que le bassin tourne.
- Porté au-dessus de la tête : stabilité du tronc et des épaules.
- Mouvements globaux : squat, soulevé de terre, fentes avec charge. Ils sollicitent fortement le tronc, à condition d'une technique maîtrisée.
Dans ma pratique de kiné, je vois souvent des personnes capables de tenir une longue planche mais qui perdent le contrôle du tronc dès qu'elles portent une charge d'un seul côté ou qu'elles changent de direction. Les exercices de niveau 2 révèlent ces manques plus vite qu'un chrono de planche.
Comment progresser au gainage
Le gainage suit les mêmes règles que le reste de l'entraînement : la surcharge progressive. Tu peux progresser en jouant sur :
- Le bras de levier : planche sur les genoux, puis sur les pieds, puis bras tendus devant.
- La base d'appui : retirer un appui (une main, un pied) augmente fortement la difficulté.
- La charge : portés plus lourds, élastique plus résistant.
- Le mouvement des membres : bras et jambes qui bougent pendant que le tronc reste stable.
- La vitesse et l'imprévu : changements de direction, réceptions, mouvements spécifiques de ton sport.
Augmente une variable à la fois. Si la technique se dégrade (bas du dos qui se creuse, bassin qui tourne, respiration bloquée), reviens au niveau précédent.
Planche : combien de temps faut-il tenir ?
Il n'existe pas de durée idéale validée pour tout le monde. Tenir de plus en plus longtemps la même planche finit surtout par entraîner l'endurance dans une position unique.
Les tests d'endurance du tronc de McGill (maintien en flexion, en extension et en planche latérale) ont établi des valeurs chez des adultes jeunes en bonne santé. Ils montrent surtout que les rapports entre les côtés, l'avant et l'arrière sont utiles à évaluer, et que les profils diffèrent selon les personnes (McGill et al., 1999). Un côté nettement plus faible que l'autre est une information plus utile qu'un record de planche.
En pratique, dans mes séances, je préfère plusieurs maintiens courts de bonne qualité à un long maintien où la position se dégrade. C'est un choix clinique, pas une règle démontrée.
Les mythes du gainage
"Les crunchs détruisent le dos"
C'est exagéré. Dans une étude en laboratoire sur des segments de colonne de porc, des flexions-extensions très répétées sous compression provoquaient des hernies discales (Callaghan et McGill, 2001). Mais il s'agit de pièces animales isolées soumises à des dizaines de milliers de cycles, pas d'un humain qui fait quelques séries.
Une autre étude du même laboratoire, chez des volontaires, conclut qu'aucun exercice abdominal ne sollicite tous les muscles avec un minimum de charge sur la colonne. Les curl-ups partiels offraient un bon rapport entre travail des abdominaux et compression lombaire. Il faut donc varier les exercices selon l'objectif (Axler et McGill, 1997). Un crunch n'est pas dangereux pour un dos sain ; il entraîne simplement une seule fonction du tronc.
"Le gainage fait perdre du ventre"
Non. Dans un essai randomisé, 6 semaines d'exercices abdominaux, 5 jours par semaine, n'ont pas réduit la graisse abdominale, le tour de taille ni le pourcentage de masse grasse. Seule l'endurance des abdominaux s'était améliorée (Vispute et al., 2011). La perte de graisse localisée par un exercice ciblé n'est pas démontrée. Pour la perte de poids, lis musculation et perte de poids.
"Il faut d'abord apprendre à contracter le transverse"
Une étude célèbre a montré que, chez des personnes lombalgiques, le transverse de l'abdomen se contractait avec retard lors de mouvements rapides du bras (Hodges et Richardson, 1996). Ce résultat a popularisé les exercices de "contrôle moteur" centrés sur ce muscle. Mais une revue Cochrane conclut que ces exercices ne font pas mieux que les autres formes d'exercice pour la lombalgie chronique (Saragiotto et al., 2016). Isoler le transverse n'est donc pas un passage obligé.
"Un core fort évite toutes les blessures"
Une revue sur le gainage en prévention conclut qu'il n'existe pas de preuve définitive d'un lien entre instabilité du tronc et blessure. En revanche, les programmes de prévention multifactoriels qui incluent du gainage semblent réduire les blessures des membres inférieurs (Huxel Bliven et Anderson, 2013). Le gainage est une pièce du puzzle, pas une assurance.
Gainage et mal de dos : ce que dit la science
L'exercice fait partie des traitements recommandés de la lombalgie chronique. Une revue Cochrane de 249 essais montre qu'il réduit la douleur de façon cliniquement importante par rapport à l'absence de traitement, aux soins habituels ou à un placebo. L'effet sur la fonction est plus modeste (Hayden et al., 2021).
Les exercices de stabilisation, dont le gainage, font partie de ces options. Mais une méta-analyse de 29 études conclut avec un bon niveau de preuve qu'ils ne sont pas plus efficaces que les autres formes d'exercice actif à long terme (Smith et al., 2014). La revue Cochrane sur le contrôle moteur va dans le même sens et conseille de choisir l'exercice selon les préférences, le coût et la sécurité (Saragiotto et al., 2016).
Concrètement : le gainage est une bonne option si tu l'apprécies et que tu le pratiques régulièrement. La marche, le renforcement global, le Pilates ou d'autres exercices peuvent faire aussi bien. Le meilleur exercice est celui que tu fais.
Dans ma pratique de kiné, beaucoup de personnes avec une lombalgie ont peur de bouger le dos et cherchent à le "verrouiller" en permanence. Le gainage reste utile, mais j'y associe presque toujours des mouvements du dos en flexion, extension et rotation, pour retrouver de la confiance. Pour aller plus loin : lombalgie chronique, le traitement et le guide complet de la douleur de dos.
Gainage et course à pied
Dans un petit essai randomisé chez des coureurs loisir et compétition, 6 semaines de renforcement du tronc ont amélioré le temps sur 5 000 m par rapport au groupe témoin. En revanche, elles n'ont modifié ni les forces d'impact au sol ni les scores de stabilité des membres inférieurs (Sato et Mokha, 2009). L'étude ne portait que sur 20 coureurs à la fin, et le mécanisme du gain n'est pas établi.
Pour un coureur, le gainage s'intègre naturellement dans un renforcement plus large, avec les mollets, les quadriceps et les fessiers. Voir les exercices de renforcement essentiels du coureur.
Précautions et quand consulter
- Douleur pendant l'exercice : une gêne légère qui ne s'aggrave pas est souvent acceptable ; une douleur vive, qui augmente au fil des séries ou le lendemain, impose de réduire ou de changer d'exercice.
- Respiration : évite de bloquer ta respiration longtemps, surtout si tu as de l'hypertension. Souffle pendant l'effort.
- Reprise après une blessure du dos ou une chirurgie : fais valider le choix et la progression des exercices par ton kiné ou ton chirurgien.
Consulte en urgence si une douleur de dos s'accompagne de troubles pour uriner ou aller à la selle, d'un engourdissement entre les jambes ou d'une faiblesse qui s'aggrave dans une jambe. Consulte ton médecin en cas de fièvre, de perte de poids inexpliquée, d'antécédent de cancer ou de douleur nocturne constante. Les repères des premiers jours sont dans lombalgie aiguë : les 72 premières heures.
FAQ
Quels sont les meilleurs exercices de gainage ?
Il n'y a pas un exercice unique supérieur aux autres. Un bon programme couvre plusieurs directions : la planche et le dead bug contre la cambrure, la planche latérale et le porté d'une charge contre la bascule latérale, le Pallof press et le bird-dog contre la rotation. Commence par les versions simples, puis progresse en charge et en complexité plutôt qu'en durée.
Combien de temps tenir la planche ?
Aucune durée idéale n'est validée pour tout le monde. Mieux vaut plusieurs maintiens courts avec une position parfaite qu'un long maintien où le bas du dos se creuse. Quand la planche devient facile, rends-la plus difficile : bras tendus devant, un appui en moins, tirage d'haltère. Comparer ta planche latérale droite et gauche est aussi plus utile qu'un chrono.
Les crunchs sont-ils dangereux pour le dos ?
Pas pour un dos sain qui les pratique en quantité raisonnable. Les études qui ont produit des hernies portaient sur des colonnes animales soumises à des dizaines de milliers de flexions. Les crunchs n'entraînent cependant qu'une fonction du tronc. Si tu as une douleur de dos qui augmente en flexion, privilégie d'autres exercices le temps de la rééducation.
Le gainage fait-il perdre du ventre ?
Non. Dans un essai randomisé, 6 semaines d'exercices abdominaux réguliers n'ont pas réduit la graisse abdominale ni le tour de taille, malgré une meilleure endurance des abdominaux. La perte de graisse dépend de l'équilibre entre alimentation et dépense énergétique, pas d'un exercice ciblé. Le gainage renforce le tronc, ce qui est déjà un objectif utile.
Le gainage soigne-t-il le mal de dos ?
Il peut aider, comme d'autres formes d'exercice. Les grandes revues montrent que l'exercice réduit la douleur dans la lombalgie chronique, mais que le gainage n'est pas supérieur aux autres exercices actifs. Choisis une activité que tu aimes et que tu peux tenir. En cas de douleur persistante ou de signes inhabituels, un bilan permet d'adapter le programme.
Peut-on faire du gainage tous les jours ?
Oui, si les exercices restent d'intensité modérée et que tu ne ressens pas de douleur qui s'installe. Les versions lourdes ou très exigeantes, comme la roulette abdominale ou les portés lourds, demandent plus de récupération, comme le reste de la musculation. Varie les exercices et observe la réponse du lendemain.
Pour aller plus loin
- Douleur de dos : le guide complet
- Lombalgie chronique : le traitement
- Renforcement musculaire du coureur : les exercices essentiels
- Programmation en musculation pour débutant
- Surcharge progressive : le guide pratique
- Soins proposés au cabinet
Références
- Axler, C.T. & McGill, S.M. (1997). "Low back loads over a variety of abdominal exercises: searching for the safest abdominal challenge." Medicine and Science in Sports and Exercise, 29(6), 804-811.
- Callaghan, J.P. & McGill, S.M. (2001). "Intervertebral disc herniation: studies on a porcine model exposed to highly repetitive flexion/extension motion with compressive force." Clinical Biomechanics, 16(1), 28-37.
- Ekstrom, R.A., Donatelli, R.A. & Carp, K.C. (2007). "Electromyographic analysis of core trunk, hip, and thigh muscles during 9 rehabilitation exercises." Journal of Orthopaedic and Sports Physical Therapy, 37(12), 754-762.
- Hayden, J.A., et al. (2021). "Exercise therapy for chronic low back pain." Cochrane Database of Systematic Reviews, 9, CD009790.
- Hodges, P.W. & Richardson, C.A. (1996). "Inefficient muscular stabilization of the lumbar spine associated with low back pain. A motor control evaluation of transversus abdominis." Spine, 21(22), 2640-2650.
- Huxel Bliven, K.C. & Anderson, B.E. (2013). "Core stability training for injury prevention." Sports Health, 5(6), 514-522.
- Kibler, W.B., Press, J. & Sciascia, A. (2006). "The role of core stability in athletic function." Sports Medicine, 36(3), 189-198.
- McGill, S.M., Childs, A. & Liebenson, C. (1999). "Endurance times for low back stabilization exercises: clinical targets for testing and training from a normal database." Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 80(8), 941-944.
- Saragiotto, B.T., et al. (2016). "Motor control exercise for chronic non-specific low-back pain." Cochrane Database of Systematic Reviews, 1, CD012004.
- Sato, K. & Mokha, M. (2009). "Does core strength training influence running kinetics, lower-extremity stability, and 5000-M performance in runners?" Journal of Strength and Conditioning Research, 23(1), 133-140.
- Smith, B.E., Littlewood, C. & May, S. (2014). "An update of stabilisation exercises for low back pain: a systematic review with meta-analysis." BMC Musculoskeletal Disorders, 15, 416.
- Vispute, S.S., et al. (2011). "The effect of abdominal exercise on abdominal fat." Journal of Strength and Conditioning Research, 25(9), 2559-2564.
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.