Blessures au padel : les plus fréquentes et comment les prévenir
Le padel a l'air doux. Terrain petit, balle plus lente qu'au tennis, parties en double, on rit entre deux points. Et pourtant, les blessures padel sont fréquentes : selon les enquêtes, 40 à 95 % des joueurs rapportent au moins une blessure liée à leur pratique. Coude qui brûle au revers, épaule qui tire sur les smashs, mollet qui lâche sur une accélération, cheville tordue en retombant près de la vitre.
Cet article fait la carte : quelles blessures, pourquoi elles arrivent, quand consulter et comment les prévenir. Les chiffres viennent des études publiées sur le padel, encore jeunes. Le reste vient de la logique de charge que j'applique au quotidien en kinésithérapie.
Comprendre : pourquoi le padel blesse autant
Le padel combine trois contraintes : des déplacements courts et explosifs, des frappes répétées souvent au-dessus de la tête avec une raquette pleine, et des échanges longs parce que la balle revient grâce aux vitres.
Une revue systématique néerlandaise de 2023 (Dahmen et al.) a regroupé 8 études et un peu plus de 2 000 joueurs. Résultat : environ 3 blessures pour 1 000 heures d'entraînement et 8 pour 1 000 matchs. La majorité des blessures touche les tendons et les muscles, pas les os ni les ligaments.
Les blessures padel sont donc surtout des blessures de surcharge. Elles arrivent quand la charge (heures de jeu, intensité, nombre de frappes) augmente plus vite que la capacité des tissus à s'adapter.
Le profil à risque : une enquête belge sur 457 joueurs loisirs (Declève et al., 2025) retrouve un taux de 2,8 blessures pour 1 000 heures, avec un temps de récupération médian de 30 jours. Les facteurs associés : avoir plus de 30 ans, mal dormir, avoir peu d'expérience du padel et ne pas pratiquer d'autre sport de raquette.
Le passage brutal au padel : une étude allemande (Meyer et al., 2025) observe que les joueurs qui ne pratiquent aucun autre sport de rebond se blessent plus souvent au coude. Le bras n'a pas de "passé" de frappe. Il découvre la charge d'un coup.
Au cabinet, je vois souvent ce scénario chez des adultes qui découvrent le padel : une partie par semaine au départ, puis trois ou quatre en quelques semaines parce que c'est convivial et addictif. Le plaisir monte plus vite que la capacité des tendons.
La carte des blessures padel, zone par zone
Les études ne classent pas toutes les zones dans le même ordre. Selon les populations, c'est le coude ou la cheville qui arrive en tête. Dans une enquête portugaise (Ferreira et al., 2025), le coude représente 18 % des blessures, la cheville 16,6 %, le genou 12,5 % et l'épaule 10,5 %. Au Chili (Belmar-Arriagada et al., 2025), la cheville et le pied passent devant le coude.
Le coude : l'épicondylite du joueur de padel
C'est la blessure emblématique : une tendinopathie des extenseurs du poignet, sur la face externe du coude. Douleur quand tu serres la raquette, portes un sac ou tournes une poignée de porte.
Dans l'étude chilienne, 85,7 % des blessures du coude et de l'avant-bras s'installent progressivement. Il n'y a pas de "coup" déclencheur. C'est l'accumulation des frappes, surtout en revers et sur les volées bloquées.
Une petite étude pilote de 2026 (Morales-Rodríguez-Parets et al.) retrouve chez des joueurs douloureux une rotation interne de l'épaule réduite du côté atteint. C'est un argument pour regarder toute la chaîne, pas seulement le coude. Le détail de la rééducation est dans mon article sur l'épicondylite ou tennis elbow.
L'épaule : coiffe des rotateurs et smashs répétés
Smashs, bandejas, víboras : l'épaule travaille beaucoup au-dessus de la tête. La coiffe des rotateurs centre la tête de l'humérus et freine le bras après chaque frappe.
Une étude de 2026 sur les joueuses (Escudero-Tena et al.) montre que les blessures tendineuses représentent 44 à 48 % des blessures du haut du corps, essentiellement au coude et à l'épaule. Douleur sur le côté de l'épaule, gêne pour lever le bras, réveil nocturne quand tu dors sur le côté atteint : c'est souvent la coiffe. Tu trouveras le détail dans l'article sur la coiffe des rotateurs.
Le mollet et le tendon d'Achille : le coup de fouet
Dans l'étude allemande, la région jambe, cheville et pied est la plus touchée (18 % des blessures). Le mollet encaisse chaque démarrage et chaque freinage. Le tendon d'Achille aussi.
La déchirure du mollet, ou tennis leg, arrive typiquement sur une poussée explosive, genou tendu : sensation de coup de pied ou de caillou reçu dans le mollet, douleur vive, boiterie immédiate. C'est une lésion musculaire aiguë, à ne pas confondre avec une crampe. Je la détaille dans l'article sur la déchirure du mollet.
La tendinopathie d'Achille, elle, s'installe progressivement : raideur le matin, douleur au démarrage, tendon sensible à la palpation. Le lien vers la tendinopathie d'Achille détaille la logique de charge.
La cheville : l'entorse en retombant
Les entorses de cheville arrivent souvent en réception de saut ou sur un changement de direction, parfois en marchant sur la balle ou sur le pied d'un partenaire. Dans une enquête de 2026 sur 187 joueurs amateurs (Alanazi et al.), 15 % rapportaient une entorse, et 43 % de ceux-là avaient récidivé.
Ce taux de récidive est le vrai sujet. Une entorse mal rééduquée laisse souvent un déficit de proprioception et de force. Les joueurs qui avaient fait des exercices d'équilibre et de renforcement avaient une meilleure fonction de cheville. La conduite à tenir est dans le guide sur l'entorse de cheville.
Le dos et le genou
La revue de Dahmen cite aussi le genou et le bas du dos parmi les zones les plus touchées. Le dos subit les rotations rapides et les flexions pour les balles basses, le genou encaisse freinages et pivots.
Pour une douleur lombaire aiguë après une partie, la logique des premiers jours est la même que pour toute lombalgie aiguë : rester actif, éviter le repos strict, surveiller les signes d'alerte.
Les yeux
Hors champ du kiné, mais réel : dans une enquête italienne de 2026 (Aiello et al.), 10 % des joueurs rapportaient un traumatisme oculaire, presque toujours causé par la balle.
Symptômes et drapeaux rouges
La plupart des blessures padel sont des douleurs de surcharge : progressives, aggravées par le jeu, calmées au repos. Elles justifient une adaptation de la charge.
Certains signes imposent en revanche une consultation médicale rapide :
- Sensation de claquement au mollet ou au talon avec impossibilité de monter sur la pointe du pied (suspicion de rupture du tendon d'Achille).
- Cheville qui gonfle très vite, impossibilité de faire quatre pas ou douleur osseuse précise à la palpation.
- Épaule qui ne se lève plus du tout après une chute ou un effort violent.
- Douleur lombaire avec perte de force dans une jambe, troubles urinaires ou engourdissement du périnée.
- Choc de balle dans l'œil avec baisse de vision, douleur persistante ou vision de flashs.
- Douleur nocturne intense, fièvre, amaigrissement inexpliqué.
Diagnostic : ce qu'on cherche en consultation
Le diagnostic repose sur l'interrogatoire et l'examen clinique. L'imagerie sert surtout en cas de suspicion de rupture ou de fracture.
L'histoire de la charge : depuis quand tu joues, combien de parties par semaine, ce qui a changé récemment (nouvelle raquette, tournoi, reprise après une pause, passage de un à trois matchs par semaine).
La capacité : force de préhension, force des rotateurs de l'épaule, nombre de montées sur la pointe du pied sur une jambe, équilibre unipodal. Ces mesures servent à comparer les deux côtés et à suivre la progression.
La chaîne complète : mobilité de l'épaule, de la hanche, du dos. Un coude douloureux peut compenser une épaule qui ne tourne plus assez.
Prise en charge : des phases guidées par des critères
La rééducation des blessures padel ne suit pas un calendrier fixe. Elle avance par phases, et chaque passage dépend de critères, pas d'une date.
Phase 1 : calmer sans immobiliser
Objectif : faire baisser l'irritabilité du tissu. On réduit ou on suspend ce qui provoque la douleur (les parties, les smashs, les sprints), mais on garde du mouvement. Pour un tendon, des contractions statiques bien tolérées. Pour une entorse, marche protégée et mobilité douce.
Critère de sortie : douleur au repos quasi nulle, gestes du quotidien possibles, exercices de base tolérés sans aggravation le lendemain.
Phase 2 : reconstruire la capacité
C'est le cœur de la rééducation. On charge progressivement le tissu avec des exercices de renforcement, de plus en plus lourds ou de plus en plus longs. Une douleur modérée pendant l'exercice est acceptable si elle revient à son niveau de base dans les 24 heures.
Critère de sortie : force proche du côté sain, exercices lourds bien tolérés, pas de réveil de la douleur le lendemain des séances.
Phase 3 : retrouver la vitesse et le geste
On réintroduit sauts, changements de direction, frappes progressives, puis échanges. Le volume avant l'intensité.
Critère de sortie : tests de saut et de déplacement symétriques, frappes à intensité de match sans douleur, confiance retrouvée.
Exercices types : ce que travaille une rééducation padel
Les exercices ci-dessous illustrent les grandes familles utilisées en rééducation. Ce n'est pas une prescription : le choix, la charge et la progression dépendent de ton bilan.
Renforcement des extenseurs du poignet
Principe : avant-bras posé sur une table, poignet dans le vide, haltère en main, tu montes et tu descends lentement le poignet.
Pourquoi : redonner au tendon sa capacité à encaisser la prise de raquette. La charge augmente quand l'exercice devient facile et que la douleur du lendemain reste stable.
Rotateurs externes de l'épaule
Principe : coude au corps, élastique en main, tu fais tourner l'avant-bras vers l'extérieur, puis tu progresses vers des positions bras levé, plus proches du smash.
Pourquoi : les rotateurs externes freinent le bras après la frappe.
Montées sur la pointe des pieds
Principe : debout, sur une jambe, tu montes sur la pointe du pied puis tu redescends lentement. On progresse ensuite avec une charge, puis vers des petits sauts.
Pourquoi : le mollet et le tendon d'Achille encaissent chaque démarrage de la partie.
Équilibre et réceptions
Principe : tenir sur une jambe, puis sur une surface instable, puis enchaîner des sauts avec réception stabilisée, vers l'avant et sur le côté.
Pourquoi : c'est la meilleure défense contre la récidive d'entorse. Le détail est dans l'article sur l'instabilité chronique de cheville.
Retour au jeu
Le retour au padel se fait par étapes, et chaque étape doit être tolérée avant de passer à la suivante :
- Échanges en fond de court, sans smash, 20 à 30 minutes.
- Échanges complets avec volées et smashs contrôlés.
- Partie amicale à intensité réduite.
- Partie normale, puis reprise du volume habituel.
La règle simple : la douleur pendant le jeu reste modérée et ne s'aggrave pas le lendemain. Si elle monte, tu reviens à l'étape précédente. Ce n'est pas un échec, c'est un réglage.
Dans ma pratique de kinésithérapeute, la rechute la plus fréquente ne vient pas d'un exercice mal fait. Elle vient d'un retour trop rapide au volume d'avant la blessure, parce que la douleur a disparu. Une douleur absente ne veut pas dire un tendon prêt.
Prévention : ce qui marche vraiment
Les études sur les blessures padel sont observationnelles : elles montrent des associations, pas des causes. La littérature générale sur la prévention des blessures sportives, elle, est solide.
Le renforcement musculaire
Une méta-analyse de 25 essais et plus de 26 000 participants (Lauersen et al., 2014) montre que le renforcement réduit les blessures sportives à moins d'un tiers. Les blessures de surcharge sont presque divisées par deux avec les programmes d'exercice. L'étirement seul, lui, ne montre pas d'effet préventif.
Concrètement : deux séances courtes de renforcement par semaine, ciblées sur avant-bras, rotateurs de l'épaule, mollets, cuisses et tronc. Élastiques, haltères et poids du corps suffisent.
L'échauffement
Un bon échauffement de padel dure 10 à 15 minutes : mobilité active des épaules et des hanches, pas chassés, quelques accélérations, puis frappes progressives.
Un point honnête : dans l'étude belge, s'échauffer était associé à plus de blessures. C'est une enquête transversale : les joueurs déjà blessés s'échauffent probablement davantage, ce qui ne veut pas dire que l'échauffement blesse. À l'inverse, dans l'étude portugaise, la supervision par un moniteur était associée à un meilleur échauffement et à moins de blessures du coude. La logique d'un échauffement efficace est détaillée dans l'article sur l'échauffement pour prévenir les blessures.
La gestion de la charge
C'est le levier le plus sous-estimé. Dans l'enquête portugaise, la fatigue et la surcharge sont la cause la plus citée par les joueurs eux-mêmes (24 %). Quelques repères :
- Augmente le nombre de parties par semaine progressivement, pas de trois à six du jour au lendemain.
- Évite d'enchaîner deux jours de tournoi sans avoir préparé ce volume.
- Surveille ton sommeil : il fait partie des facteurs associés aux blessures dans l'étude belge.
- Après une pause (vacances, blessure), reprends à la moitié de ton volume habituel.
Le matériel
Une étude sur les joueuses (Escudero-Tena et al., 2026) associe la raquette de forme ronde à un risque un peu plus élevé. D'autres données évoquent le poids de la raquette ou le nombre de surgrips. Ces résultats restent fragiles.
Ce qui est plus clair : des chaussures adaptées à la surface (semelle conçue pour le gazon synthétique sablé), un grip à la bonne taille et, pour les yeux, des lunettes de protection si tu joues souvent au filet.
Ce que j'en retiens
Les blessures padel ne sont pas une fatalité. Elles sont surtout tendineuses et musculaires, donc liées à un décalage entre charge de jeu et capacité des tissus. Coude, épaule, mollet et cheville concentrent l'essentiel.
La prévention tient en trois mots : force, progressivité, sommeil. Deux séances de renforcement par semaine, un volume de jeu qui monte par paliers, un échauffement sérieux. Et quand une douleur s'installe, adapter tôt plutôt que jouer à travers pendant des semaines.
Si tu as un drapeau rouge, consulte ton médecin. Pour le reste, les blessures padel se préviennent et se rééduquent avec une logique simple : charger intelligemment.
FAQ
Quelle est la blessure la plus fréquente au padel ?
Selon les études, c'est le coude ou la cheville. La revue systématique de Dahmen et al. (2023) place le coude en tête, suivi du genou, de l'épaule et du bas du dos. D'autres enquêtes placent la cheville et le pied devant. Dans tous les cas, les blessures sont surtout tendineuses et musculaires, donc liées à la surcharge. Le coude douloureux du joueur de padel correspond le plus souvent à une épicondylite.
Le padel est-il plus traumatisant que le tennis ?
Les données ne permettent pas de trancher. Une étude allemande conclut que les taux de blessures au padel sont comparables à ceux des autres sports de rebond. Le padel attire en revanche beaucoup d'adultes sans passé de raquette, et ce profil pèse probablement lourd dans les blessures padel.
Faut-il arrêter le padel en cas d'épicondylite ?
Pas forcément. L'arrêt complet n'est souvent pas nécessaire. L'idée est de réduire ce qui fait monter la douleur (volume de jeu, volées bloquées, revers) tout en renforçant le tendon. Si la douleur pendant le jeu reste modérée et ne s'aggrave pas le lendemain, une pratique réduite est souvent compatible avec la rééducation. Une douleur qui s'aggrave malgré l'adaptation mérite un avis médical.
Combien de temps dure une blessure au padel ?
Cela dépend de la blessure. Dans l'enquête belge de Declève et al. (2025), la durée médiane de récupération était de 30 jours. Une petite contracture se règle en quelques jours, une déchirure du mollet prend plusieurs semaines, une tendinopathie installée depuis des mois peut demander plusieurs mois de renforcement. Le retour se base sur des critères de force et de tolérance, pas sur une date.
Comment éviter le tennis leg au padel ?
Le mollet doit être préparé aux démarrages explosifs. Deux leviers : un échauffement avec des accélérations avant de jouer, et un renforcement régulier (montées sur la pointe des pieds sur une jambe, puis avec charge). Méfie-toi des reprises après une pause et des fins de partie. Au moindre claquement, arrête de jouer : c'est l'une des blessures padel qui s'aggrave le plus si on insiste.
Références
- Dahmen, J., et al. (2023). "Incidence, prevalence and nature of injuries in padel: a systematic review." BMJ Open Sport & Exercise Medicine, 9(2), e001607.
- Ferreira, R. M., et al. (2025). "Sport-Related Injuries in Portuguese Padel Practitioners and Their Characteristics." Medicina (Kaunas), 61(9), 1707.
- Belmar-Arriagada, H., et al. (2025). "Padel related injuries: prevalence and characteristics in chilean amateur players - a cross sectional analytic study." BMC Sports Science, Medicine and Rehabilitation, 17(1), 173.
- Meyer, H. L., et al. (2025). "Injuries and overuse injuries in padel tennis: a retrospective epidemiological cross-sectional study of a level 1 trauma center in Germany." The Journal of Sports Medicine and Physical Fitness, 65(10), 1363-1370.
- Declève, P., et al. (2025). "Prevalence and injury profiles for recreational padel players: A cross-sectional survey-based study." Physical Therapy in Sport, 75, 8-14.
- Escudero-Tena, A., et al. (2026). "Upper-body injury epidemiology in women's padel: Impact of playing level, side of play, and racquet characteristics." Journal of Sports Sciences, 44(16), 2167-2179.
- Morales-Rodríguez-Parets, L., et al. (2026). "Clinical, Functional, and Ultrasonographic Assessment of the Shoulder-Elbow Complex in Padel Players with Lateral Elbow Tendinopathy: A Pilot Observational Study." Sports (Basel), 14(8), 357.
- Alanazi, F., et al. (2026). "Functional outcomes and rehabilitation behaviors following ankle sprain in amateur padel players: a cross-sectional study." Frontiers in Medicine, 13, 1887372.
- Aiello, F., et al. (2026). "Ocular injuries in padel: findings from a survey on frequency, risk factors, and perceptions toward protective eyewear." Eye, 40(10), 1469-1476.
- Lauersen, J. B., et al. (2014). "The effectiveness of exercise interventions to prevent sports injuries: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials." British Journal of Sports Medicine, 48(11), 871-877.