Radiculopathie cervicale : symptômes par racine, durée et traitement
La radiculopathie cervicale, c'est l'irritation ou la compression d'une racine nerveuse à sa sortie de la colonne du cou. Elle donne une douleur qui descend dans le bras, parfois avec des fourmillements, un engourdissement ou une perte de force. Les causes les plus fréquentes sont l'arthrose cervicale et la hernie discale cervicale, et la grande majorité des personnes s'améliorent sans chirurgie, le plus souvent nettement en quelques mois.
Voici comment reconnaître la racine touchée (C5, C6, C7, C8), combien de temps ça dure, les signes qui imposent de consulter en urgence et la prise en charge par étapes.
Radiculopathie cervicale, hernie cervicale, névralgie cervico-brachiale : quelle différence ?
Ces termes se recoupent :
- Radiculopathie cervicale : atteinte d'une racine nerveuse du cou, quelle qu'en soit la cause. C'est le terme médical.
- Névralgie cervico-brachiale : le terme utilisé couramment en France pour la douleur qui va du cou au bras. Elle correspond le plus souvent à une radiculopathie.
- Hernie cervicale : une des causes possibles. Le disque déborde et vient au contact de la racine.
On parle aussi de radiculalgie cervicale quand il y a surtout de la douleur, sans perte de force ni de sensibilité.
Dans une étude de population menée à Rochester (États-Unis) sur 561 personnes, une hernie discale confirmée expliquait 21,9 % des radiculopathies cervicales. Dans 68,4 % des cas, la cause était l'arthrose cervicale, le disque, ou les deux (Radhakrishnan et al., 1994). La hernie est donc moins fréquente qu'on ne le pense. L'arthrose rétrécit le trou par lequel sort la racine (le foramen), ce que le compte rendu appelle souvent "rétrécissement foraminal" ou "uncarthrose".
Les symptômes selon la racine : C5, C6, C7, C8
Chaque racine cervicale innerve une zone de peau et certains muscles. La localisation des symptômes donne donc une idée de la racine en cause. Le niveau du disque et la racine sont décalés : un disque C5-C6 touche en général la racine C6, un disque C6-C7 la racine C7.
| Racine | Douleur et fourmillements | Faiblesse possible |
|---|---|---|
| C5 | Épaule, face externe du bras | Lever le bras sur le côté |
| C6 | Face externe de l'avant-bras, pouce, index | Plier le coude, relever le poignet |
| C7 | Arrière du bras, majeur | Tendre le coude, pousser |
| C8 | Bord interne de l'avant-bras, annulaire, petit doigt | Serrer, gestes fins des doigts |
Dans l'étude de Rochester, la racine C7 était la plus souvent touchée, suivie de C6 (Radhakrishnan et al., 1994). L'âge moyen était autour de 48 ans, avec un pic de fréquence entre 50 et 54 ans.
Ces correspondances varient d'une personne à l'autre. Des fourmillements dans le petit doigt peuvent aussi venir du nerf ulnaire comprimé au coude, et non du cou. Voir syndrome du tunnel cubital. C'est l'examen qui fait la différence.
Autres signes fréquents :
- Douleur du bras souvent plus forte que celle du cou.
- Douleur aggravée en penchant ou en tournant la tête du côté atteint, ou en regardant vers le haut.
- Soulagement en posant la main du côté douloureux sur la tête.
- Douleur parfois plus marquée la nuit.
Les signes qui imposent de consulter en urgence
Certains symptômes ne relèvent pas d'une simple radiculopathie. Ils peuvent traduire une compression de la moelle épinière dans le cou (myélopathie cervicale), une infection, une tumeur ou une lésion après traumatisme. Consulte en urgence si tu présentes :
- Une faiblesse du bras ou de la main qui s'aggrave rapidement.
- Une maladresse des deux mains : difficulté à boutonner, à écrire, objets qui tombent.
- Des troubles de la marche ou de l'équilibre, des jambes raides.
- Des fourmillements dans les deux bras ou dans les jambes.
- Des troubles urinaires ou intestinaux récents.
- Une douleur après un traumatisme (chute, accident de voiture).
- De la fièvre, une perte de poids inexpliquée, un antécédent de cancer, ou une douleur intense et constante la nuit.
La myélopathie cervicale évolue souvent lentement et peut passer inaperçue au début. Les signes dans les deux mains ou dans les jambes sont ceux qu'il ne faut pas laisser traîner. Pour les autres situations, voir quand consulter : les signes d'urgence.
Comment se pose le diagnostic ?
Le diagnostic repose d'abord sur l'interrogatoire et l'examen : localisation des symptômes, force, réflexes, sensibilité, et quelques tests de provocation.
Le plus connu est le test de Spurling : on incline et on étend doucement la tête du côté douloureux en appliquant une légère pression. S'il reproduit la douleur du bras, il oriente vers une radiculopathie. Une revue systématique trouve une spécificité élevée de ce test, mais une sensibilité très variable selon les études. Autrement dit, un test positif est évocateur, un test négatif n'élimine rien (Thoomes et al., 2018). Les auteurs concluent que la précision des tests de l'examen reste limitée, et qu'il faut les combiner à l'histoire des symptômes.
IRM cervicale : quand la faire et comment la lire
L'imagerie n'est pas nécessaire d'emblée. Une revue de synthèse indique qu'elle se discute en cas de traumatisme, de signes d'alerte ou de symptômes qui persistent après 4 à 6 semaines de traitement, notamment si une infiltration ou une chirurgie est envisagée (Childress et Becker, 2016).
L'IRM doit toujours être lue avec l'examen clinique. Dans une étude de 1 211 volontaires sans aucun symptôme, 87,6 % avaient au moins un bombement discal cervical, y compris 73 à 78 % des personnes d'une vingtaine d'années (Nakashima et al., 2015). Une hernie ou une arthrose visible à l'IRM n'explique donc pas forcément tes symptômes. C'est la concordance entre l'image et l'examen qui compte.
Un électromyogramme (EMG) peut être demandé si le diagnostic est incertain, par exemple pour distinguer une atteinte de racine d'un nerf comprimé au coude ou au poignet.
Combien de temps dure une radiculopathie cervicale ?
Il n'y a pas de durée fixe, mais les données sont plutôt rassurantes.
- Les premières semaines : la douleur du bras est souvent intense. Dans un essai randomisé chez 205 personnes au début de leurs symptômes, la douleur du bras diminuait déjà dans les 6 premières semaines, même sans traitement spécifique (Kuijper et al., 2009).
- Entre 4 et 6 mois : une revue systématique décrit une amélioration importante dans cette période chez la plupart des personnes avec une hernie cervicale (Wong et al., 2014).
- À plus long terme : la récupération complète peut prendre plus longtemps. Dans la même revue, environ 83 % des personnes avaient complètement récupéré, avec des délais de 24 à 36 mois (Wong et al., 2014).
Dans l'étude de Rochester, 90 % des personnes n'avaient plus de symptômes ou une gêne légère au dernier suivi. Mais 31,7 % avaient eu une récidive et 26 % avaient été opérées (Radhakrishnan et al., 1994). Les fourmillements et la perte de force récupèrent souvent plus lentement que la douleur.
Dans ma pratique de kiné, ce qui inquiète le plus au début, c'est l'intensité de la douleur du bras. Savoir qu'elle diminue en général dans les premières semaines aide à traverser cette phase sans tout arrêter.
Traitement de la radiculopathie cervicale : par étapes
Le traitement conservateur est la première option, sauf signe d'alerte. Il associe en général des médicaments prescrits par ton médecin, la kinésithérapie et la reprise progressive des activités. Les médicaments et leur dose relèvent uniquement de ton médecin.
Une méta-analyse de 10 essais (871 personnes) trouve que l'exercice, seul ou associé à d'autres traitements, réduit la douleur et améliore la fonction, avec un niveau de preuve faible (Liang et al., 2019). Dans l'essai de Kuijper, 6 semaines de kinésithérapie avec exercices à domicile, ou un collier semi-rigide avec repos, réduisaient davantage la douleur du cou et du bras qu'une simple attente (Kuijper et al., 2009).
La progression se fait par critères, pas par semaines.
Étape 1 : calmer la racine
Objectifs : diminuer la douleur du bras, retrouver un sommeil correct, garder une activité quotidienne.
- Trouver les positions qui soulagent (main sur la tête, oreiller adapté, appui de l'avant-bras).
- Éviter temporairement les positions qui envoient la douleur dans le bras (tête penchée longtemps, regard vers le haut).
- Mobilité douce du cou et des épaules, dans les amplitudes sans douleur.
- Techniques manuelles et mobilisations nerveuses douces selon ta tolérance.
Critères pour passer à l'étape 2 : douleur du bras qui recule ou se centralise vers le cou, nuits moins perturbées, force stable ou en progrès.
Étape 2 : mobilité et contrôle
Objectifs : récupérer les mouvements du cou, améliorer la tolérance du nerf au mouvement.
- Exercices de mobilité cervicale progressifs.
- Renforcement des muscles profonds du cou.
- Exercices de glissement du nerf (mobilisation neurodynamique), dosés pour ne pas réveiller la douleur.
- Travail des omoplates et du haut du dos.
Critères pour passer à l'étape 3 : mouvements du cou peu douloureux, symptômes du bras rares ou légers, gestes du quotidien possibles.
Étape 3 : force et reprise des activités
Objectifs : retrouver la force du bras et de la main, reprendre le travail et le sport.
- Renforcement progressif de l'épaule, du bras et de la préhension.
- Reprise des charges au-dessus de la tête, du sport et du travail physique selon les symptômes.
- Programme d'entretien à la maison.
Dans ma pratique de kiné, je suis la force musculaire séance après séance. Une force qui revient est un bon signe, même si quelques fourmillements persistent. Une force qui baisse impose un avis médical rapide.
Infiltration cervicale : à quoi s'attendre ?
L'infiltration, souvent appelée infiltration C6-C7 ou C5-C6 selon le niveau, consiste à injecter un corticoïde près de la racine, sous contrôle radiologique. Elle se discute avec un médecin quand la douleur du bras reste forte malgré le traitement conservateur.
Une revue de synthèse indique qu'elle peut aider, mais avec des risques de complications graves plus élevés que les autres traitements non chirurgicaux (Childress et Becker, 2016). La décision se prend avec le médecin qui la réalise, en pesant bénéfices et risques. La kinésithérapie peut se poursuivre autour de l'infiltration.
Chirurgie de la hernie cervicale : quand en parler ?
La chirurgie se discute dans quelques situations :
- Signes de myélopathie (compression de la moelle).
- Déficit moteur important ou qui s'aggrave.
- Douleur du bras invalidante qui persiste malgré un traitement conservateur bien conduit.
Un essai suédois a comparé chirurgie (arthrodèse cervicale par voie antérieure) plus kinésithérapie à la kinésithérapie seule. À 1 an, 87 % des personnes opérées se disaient mieux contre 62 % sans chirurgie. À 2 ans, l'écart n'était plus significatif (81 % contre 69 %). La douleur du bras ne différait pas entre les groupes (Engquist et al., 2013). À 5 à 8 ans, la douleur du cou et l'incapacité étaient plus améliorées dans le groupe opéré, toujours sans différence sur la douleur du bras (Engquist et al., 2017). Les auteurs recommandent d'essayer une kinésithérapie structurée avant de choisir la chirurgie.
C'est une décision à prendre avec un chirurgien du rachis, selon ton examen, ton imagerie et tes priorités. Pour aller plus loin, lis hernie discale cervicale : symptômes et traitement.
FAQ
Combien de temps dure une névralgie cervico-brachiale ?
La douleur du bras diminue souvent dans les premières semaines. Une revue systématique décrit une amélioration importante entre 4 et 6 mois chez la plupart des personnes, et une récupération complète qui peut prendre 2 à 3 ans. Les fourmillements et la force récupèrent souvent plus lentement que la douleur. Une aggravation de la faiblesse impose un avis médical.
Quels sont les symptômes d'une radiculopathie C8 ?
Une radiculopathie C8 donne en général une douleur ou des fourmillements sur le bord interne de l'avant-bras, l'annulaire et le petit doigt, parfois une faiblesse pour serrer ou pour les gestes fins. Ces symptômes peuvent aussi venir du nerf ulnaire au coude. L'examen clinique, parfois complété par un EMG, permet de faire la différence.
Une hernie cervicale peut-elle guérir sans opération ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Les symptômes s'améliorent avec le temps chez la plupart des personnes, même avec une hernie visible à l'IRM. Le traitement repose sur les médicaments prescrits par le médecin, l'exercice et la reprise progressive des activités. La chirurgie se discute en cas de myélopathie, de déficit moteur qui s'aggrave ou de douleur invalidante qui persiste.
Faut-il faire une IRM pour une radiculopathie cervicale ?
Pas systématiquement au début. L'IRM se discute en cas de traumatisme, de signes d'alerte, de faiblesse marquée ou de symptômes qui persistent après 4 à 6 semaines. Les anomalies discales sont très fréquentes chez les personnes sans symptôme. L'image doit donc toujours être confrontée à l'examen clinique.
Quels exercices faire pour une radiculopathie cervicale ?
Au début, des mouvements doux du cou et des épaules dans les amplitudes sans douleur. Ensuite, le renforcement des muscles profonds du cou, des exercices de glissement du nerf et le travail des omoplates. Puis le renforcement du bras et de la main. Le choix et la dose dépendent de ton examen : un exercice qui envoie la douleur dans le bras doit être adapté.
Quand une radiculopathie cervicale est-elle une urgence ?
Consulte en urgence en cas de faiblesse qui s'aggrave rapidement, de maladresse des deux mains, de troubles de la marche, de fourmillements dans les deux bras ou dans les jambes, ou de troubles urinaires. Même chose après un traumatisme, ou en cas de fièvre, de perte de poids inexpliquée ou d'antécédent de cancer.
Pour aller plus loin
- Névralgie cervico-brachiale : traitement
- Hernie discale cervicale : symptômes et traitement
- Cervicalgies : pourquoi ton cou te fait souffrir
- Spondylose cervicale : ce que cache l'arthrose du cou
- Soins proposés au cabinet
Références
- Childress, M.A., & Becker, B.A. (2016). "Nonoperative Management of Cervical Radiculopathy." American Family Physician, 93(9), 746-754.
- Engquist, M., et al. (2013). "Surgery versus nonsurgical treatment of cervical radiculopathy: a prospective, randomized study comparing surgery plus physiotherapy with physiotherapy alone with a 2-year follow-up." Spine, 38(20), 1715-1722.
- Engquist, M., et al. (2017). "A 5- to 8-year randomized study on the treatment of cervical radiculopathy: anterior cervical decompression and fusion plus physiotherapy versus physiotherapy alone." Journal of Neurosurgery: Spine, 26(1), 19-27.
- Kuijper, B., et al. (2009). "Cervical collar or physiotherapy versus wait and see policy for recent onset cervical radiculopathy: randomised trial." BMJ, 339, b3883.
- Liang, L., et al. (2019). "The effect of exercise on cervical radiculopathy: A systematic review and meta-analysis." Medicine, 98(45), e17733.
- Nakashima, H., et al. (2015). "Abnormal findings on magnetic resonance images of the cervical spines in 1211 asymptomatic subjects." Spine, 40(6), 392-398.
- Radhakrishnan, K., et al. (1994). "Epidemiology of cervical radiculopathy. A population-based study from Rochester, Minnesota, 1976 through 1990." Brain, 117(2), 325-335.
- Thoomes, E.J., et al. (2018). "Value of physical tests in diagnosing cervical radiculopathy: a systematic review." The Spine Journal, 18(1), 179-189.
- Wong, J.J., et al. (2014). "The course and prognostic factors of symptomatic cervical disc herniation with radiculopathy: a systematic review of the literature." The Spine Journal, 14(8), 1781-1789.
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.