Névralgie d'Arnold : la migraine qui vient du cou
Tu as une douleur vive qui part de la base du crâne et remonte derrière la tête, parfois jusqu'à l'oeil. C'est unilatéral. Ça lance, ça brûle, ça électrise. Tu crois que c'est une migraine. Tu prends du paracétamol, de l'ibuprofène. Ça ne passe pas ou ça revient. Ton médecin te prescrit un triptan (médicament anti-migraine). Ça ne marche pas non plus. Normal : ce n'est pas une migraine. C'est une névralgie d'Arnold.
La névralgie d'Arnold (ou névralgie occipitale) est une irritation du nerf grand occipital (nerf d'Arnold). Ce nerf émerge entre C1 et C2 (les deux premières vertèbres cervicales), traverse les muscles sous-occipitaux, et innervé la peau de la région postérieure et supérieure du crâne. Choi et Jones (2005, Current Pain and Headache Reports) estiment que 3 à 8% de toutes les céphalées sont d'origine cervicale, et la névralgie d'Arnold en représente une proportion significative.
Le nerf d'Arnold : un nerf coince
Le nerf grand occipital (C2) a un trajet a risque. Il traverse trois zones de compression potentielle :
1. Entre C1 et C2 : l'articulation atlanto-axoidienne est la plus mobile du rachis cervical. Le nerf passe juste à coté. Toute pathologie articulaire (arthrose, instabilité, inflammation) peut l'irriter.
2. A travers les muscles sous-occipitaux : le nerf traverse le muscle oblique inférieur de la tête et le muscle semi-épineux. Si ces muscles sont contractures (trigger points, spasme), ils compriment le nerf. C'est le mécanisme le plus fréquent.
3. Au point de perforation du fascia : le nerf perfore le fascia cervical et le trapèze supérieur pour devenir superficiel. Ce point de passage est un site de compression fréquent.
Les symptômes
La douleur typique
Localisation : part de la base du crâne (région occipitale), remonte vers le vertex (sommet du crâne) et peut irradier vers la région frontale et l'orbite du même cote. Toujours unilatéral (un seul cote), même si des formes bilatérales existent.
Caractere : douleur vive, lancinante, en coup de poignard ou en décharge électrique. Peut être continue avec des paroxysmes (pics de douleur plus intense) ou intermittente.
Point declencheur : la palpation de la région sous-occipitale du cote atteint déclenché ou aggrave la douleur. C'est le signe clinique le plus fiable. Si tu appuies fort juste sous la bosse occipitale, du cote douloureux, et que ça reproduit ta cephalee, c'est très évocateur.
Les symptômes associés
- Sensibilité du cuir chevelu du cote atteint (douleur a se coiffer ou a porter un bonnet)
- Douleur derrière l'oeil (confusion avec migraine ou névralgie du trijumeau)
- Sensibilité à la lumière (photophobie) dans certains cas (par convergence trigeminocervicale)
- Raideur cervicale haute
- Aggravation par la position assise prolongée, le travail sur écran, le stress
Comment la distinguer de la migraine
| Névralgie d'Arnold | Migraine | |
|---|---|---|
| Point de depart | Base du crâne | Variable (temple, front) |
| Trajet | Arrière vers avant | Pas de trajet spécifique |
| Point trigger | Palpation occipitale positive | Pas de point trigger |
| Aura | Non | Possible (visuelle) |
| Nausees | Rares | Fréquentes |
| Triptan | Inefficace | Efficace |
| Bloc anesthesique | Efficace | Inefficace |
Barmherzig et Kingston (2019, Current Neurology and Neuroscience Reports) insistent sur l'importance de cette distinction car le traitement est radicalement différent.
Les causes
Contracture des muscles sous-occipitaux
C'est la cause la plus fréquente. Les muscles sous-occipitaux (4 petits muscles à la base du crâne) se contracturent et compriment le nerf d'Arnold dans son trajet. Les causes de contracture : posture en anteprojection de la tête (travail sur écran), stress chronique, bruxisme (serrement de dents), traumatisme cervical (whiplash) (Lefel et al., 2025).
Les trigger points des sous-occipitaux sont parmi les plus fréquents du corps et réfèrent la douleur exactement dans le territoire du nerf d'Arnold. La distinction entre névralgie (compression nerveuse) et douleur referée (trigger point) est parfois difficile cliniquement. En pratique, le traitement est similaire.
Arthrose C1-C2
L'articulation atlanto-axoidienne dégénéré avec l'âge. Les ostéophytes et l'inflammation articulaire peuvent irriter le nerf d'Arnold à son émergence. Plus fréquent après 50 ans.
Post-traumatique
Un coup du lapin (whiplash) ou un traumatisme direct à la base du crâne peut léser ou irriter le nerf. Les symptômes peuvent apparaître des semaines ou des mois après le traumatisme (Swanson et al., 2022).
Compression par tension fasciale
La position assise prolongée avec la tête en avant crée une tension chronique sur le fascia cervical postérieur. Le nerf est étiré et comprime dans son trajet à travers le fascia. C'est le mécanisme le plus fréquent chez les teletravailleurs et les utilisateurs intensifs d'écran.
Le diagnostic
L'examen clinique
Palpation du point d'Arnold : l'examinateur palpe la région sous-occipitale, juste médial à la mastoïde. Si la palpation reproduit la douleur habituelle du patient, le diagnostic est très probable. C'est le test le plus important.
Test de flexion-rotation : le patient fléchit le cou au maximum, puis l'examinateur tourne la tête d'un cote. Si la rotation est limitée et douloureuse, ça suggère une pathologie de C1-C2.
Evaluation de la posture cervicale : anteprojection de la tête, perte de la lordose cervicale. Facteurs predisposants plus que diagnostiques.
Le bloc anesthésique
Le gold standard. Une injection d'anesthésique local (lidocaine) au point d'émergence du nerf d'Arnold. Si la douleur disparaît complètement pendant la durée d'action de l'anesthésique, le diagnostic est confirmé. Ashkenazi et al. (2010, Cephalalgia) considèrent ce test comme le critère diagnostique le plus fiable.
L'imagerie
IRM cervicale : rarement nécessaire en première intention. Utile pour exclure une pathologie sérieuse (tumeur, malformation de Chiari, instabilité C1-C2) si les symptômes sont atypiques ou résistants au traitement.
Radio cervicale : peut montrer une arthrose C1-C2. Mais l'arthrose est fréquente chez les personnes asymptomatiques, donc la corrélation avec les symptômes est indispensable.
Le traitement
Phase 1 : soulagement immédiat (semaines 1-3)
Automassage sous-occipital : allonge sur le dos, place deux balles de tennis dans une chaussette (pour les maintenir ensemble). Pose la base du crâne sur les balles, de chaque cote de la ligne médiane. Reste 3 à 5 minutes en laissant le poids de la tête comprimer les muscles. La pression relâché les sous-occipitaux et decomprime le nerf. À faire quotidiennement.
Chaleur : une bouillotte sur la nuque pendant 15 à 20 minutes, 3 fois par jour. La chaleur relâché les muscles et augmente le flux sanguin.
Mobilisation cervicale douce : rotations cervicales lentes et contrôlées, inclinaisons latérales, flexion-extension. 10 répétitions dans chaque direction, 3 fois par jour. Le mouvement doux est préférablement à l'immobilité.
Medicaments : le paracétamol et les AINS sont souvent insuffisants. Les neuromodulateurs (gabapentine, pregabaline) ou les antidépresseurs tricycliques (amitriptyline à faible dose) sont plus efficaces pour les douleurs neuropathiques. A discuter avec ton médecin.
Phase 2 : correction des facteurs perpetuants (semaines 3-8)
Correction posturale : la rétraction cervicale (chin tuck) est l'exercice de base. Assis ou debout, rentre le menton en l'alignant avec le sternum (comme pour faire un double menton). Maintiens 10 secondes. 10 répétitions. Toutes les heures si tu travailles sur écran. Ça repositionne C1-C2 et décharge les sous-occipitaux.
Renforcement des flechisseurs cervicaux profonds : allonge sur le dos, fais un chin tuck et soulève légèrement la tête (1 à 2 cm) du sol. Maintiens 10 secondes. 10 répétitions. Ces muscles sont quasi-toujours faibles chez les patients avec des cervicalgies et des névralgies d'Arnold.
Renforcement du trapeze inferieur et du serratus anterior : les mêmes exercices que pour la dorsalgie. Face pulls, Y-T-W, push-up plus. La posture de la tête est intimement liée à la posture scapulaire.
Mobilite thoracique : foam roller thoracique, rotations. Un rachis thoracique raide force le cou a compenser.
Gestion du stress : le stress est l'un des principaux facteurs perpetuants. Cohérence cardiaque (5 minutes, 3 fois par jour), méditation, exercice régulier. Les trapèzes et les sous-occipitaux sont les muscles du stress par excellence.
Phase 3 : traitements complémentaires (si insuffisant)
Therapie manuelle cervicale : les mobilisations de C1-C2 et des sous-occipitaux par un kiné ou un ostéopathe forme sont efficaces à court terme. Jull et al. (2002, Spine) ont montré que la combinaison thérapie manuelle + exercices spécifiques est supérieure à chaque approche seule pour les céphalées cervicogéniques.
Dry needling des sous-occipitaux : efficace pour désactiver les trigger points qui compriment le nerf. À faire par un praticien expérimenté (la zone est proche de la base du crâne).
Infiltration du nerf d'Arnold : injection de corticosteroïdes et d'anesthésique local au point d'émergence du nerf. Soulagement chez 70 à 80% des patients (Ashkenazi et al., 2010). L'effet dure 1 à 3 mois. Peut être répétée. C'est aussi le test diagnostique de confirmation.
Radiofrequence pulsee : pour les cas résistants à tout traitement. Une sonde est placée a proximité du nerf et délivré des impulsions de radiofrequence qui modulent la transmission de la douleur. Vanelderen et al. (2010, Pain Practice) rapportent une efficacité chez 50 à 60% des patients résistants pendant 6 à 12 mois.
Ce qu'il faut retenir
La névralgie d'Arnold est une compression du nerf grand occipital qui provoque une douleur de la base du crâne jusqu'à l'oeil. Elle est souvent confondue avec la migraine mais ne répond pas aux traitements antimigraineux. La cause la plus fréquente est la contracture des muscles sous-occipitaux liée à la posture et au stress. Le traitement repose sur le relâchement des sous-occipitaux (automassage, chaleur, dry needling), la correction posturale (chin tuck, renforcement cervical) et la gestion du stress. Les infiltrations du nerf d'Arnold sont le traitement de référence pour les formes résistantes (Pan et al., 2021).
Pour aller plus loin
- Névralgie cervico-brachiale : la sciatique du bras expliquée
- Text neck : comment ton smartphone change tes cervicales (et la solution)
- Syndrome myofascial cervical : les trigger points qui font mal au cou
FAQ
La névralgie d'Arnold est-elle grave ?
Non, ce n'est pas une pathologie grave. C'est douloureux et handicapant mais sans danger. Cela dit, si les symptômes apparaissent brutalement, sont associés a de la fièvre, des vomissements, une raideur de nuque (meningisme) ou des troubles visuels, consulte en urgence pour exclure une pathologie sérieuse.
Peut-elle devenir chronique ?
Oui, si les facteurs perpetuants (posture, stress, faiblesse musculaire) ne sont pas corriges. La névralgie d'Arnold aiguë se résout en 2 à 6 semaines avec un traitement adapte. La forme chronique (plus de 3 mois) est plus difficile a traiter mais répond a une approche multimodale (exercices + thérapie manuelle + infiltrations + gestion du stress).
Le stress peut-il causer une névralgie d'Arnold ?
Le stress ne cause pas directement la compression nerveuse, mais il contracture les muscles sous-occipitaux et trapèzes, ce qui comprime le nerf. Les épisodes de névralgie d'Arnold sont souvent corrélés a des périodes de stress intense. La gestion du stress fait partie intégrante du traitement et de la prévention des récidives.
References
- Choi, I. & Jones, S.E. (2005). "Cervicogenic headache." Current Pain and Headache Reports, 9(6), 382-386.
- Barmherzig, R. & Kingston, W. (2019). "Occipital neuralgia and cervicogenic headache." Current Neurology and Neuroscience Reports, 19(5), 20.
- Ashkenazi, A, et al. (2010). "Greater occipital nerve block for treatment of chronic migraine headache." Cephalalgia, 30(6), 709-714.
- Jull, G, et al. (2002). "A randomized controlled trial of exercise and manipulative therapy for cervicogenic headache." Spine, 27(17), 1835-1843.
- Vanelderen, P, et al. (2010). "Occipital nerve stimulation for the treatment of occipital neuralgia." Pain Practice, 10(6), 580-585.
Pierre Favrel, masseur-kinésithérapeute D.E. au Cabinet Sequoia, Vandœuvre-lès-Nancy.